Projet Accompagnement Solidarité Colombie

Le soulèvement populaire de 28 avril en Colombie : entre significations politiques et historiques.

24 Mai 2021

 « Le mouvement populaire, avec sa dignité rebelle, a déjà effectué une transformation significative

et a gagné une place dans l'autre Colombie possible qui émerge. Elle a semé et arrosé la graine de l'espoir ! »

1. Des clés structurelles et conjoncturelles pour comprendre l'actuel soulèvement populaire.

Le soulèvement populaire qui a débuté le 28 avril en Colombie, mené par une citoyenneté multiple et diverse, est encadré par des éléments récents et d'autres qui remontent un peu plus loin dans le temps. D'une part, l'exacerbation d'une crise sociale résultant de la pandémie de Covid-19 qui a entraîné une détérioration considérable dans tous les domaines de la vie sociale, associée à un rejet croissant et généralisé du gouvernement Duque pour sa maladresse dans la gestion de la pandémie, son cynisme en matière de protection des leaders sociaux, son manquement à ses engagements envers les différents mouvements sociaux et pour son « effronterie » dans la gestion de la politique budgétaire, qui l'a conduit à proposer, au nom des secteurs à faibles revenus, des réformes néfastes telles que les réformes fiscales, de la santé et des retraites qui ont déclenché le tollé populaire. Un élément supplémentaire qui encadre cette conjoncture est l’accroissement de la lutte sociale au niveau latino-américain et mondial. Ainsi, ce soulèvement, alimenté par la pandémie, est la continuité du malaise et du soulèvement exprimé depuis le 21 novembre 2019 en Colombie, et constitue le principal obstacle au projet dominant du pays.

D'autre part, à mesure que des facteurs structurels apparaissent, le modèle et le projet national promus et mis en œuvre depuis 30 ans en Colombie sur la base de la doctrine néolibérale - avec des indices désastreux en matière de bien-être social - convergent actuellement avec une crise globale multidimensionnelle, présentait déjà, avant la pandémie, mais aggravée par elle, des ruptures et des instabilités dans le régime d'accumulation et dans la reproduction du système capitaliste mondial. Une crise aux dimensions, aux proportions et aux conséquences multiples, qui est à la fois économique, sanitaire, environnementale, financière et sociale, et qui compromet l'existence des différentes formes de vie sur la planète. Un modèle appliqué dans toute l'Amérique latine, fondé sur le monopole, la concentration des richesses, la financiarisation de la vie, la marchandisation des droits et la gestion de la vie et de la mort ; un modèle qui a clairement pris l'eau et qui n'est pas viable malgré l'appel des mentors du Forum de Davos à « redémarrer le capitalisme ».

« En élargissant » la perspective, le panorama politique de la région a fait face aux facteurs structurels mentionnés ci-dessus, du Chili à l'Équateur, de la Colombie à l'Argentine en passant par la Bolivie et le Pérou, et s'est reflété ces dernières années de différentes manières, soit par la mobilisation sociale, soit par les processus électoraux, soit ensemble, une réalité inévitable : le modèle d'accumulation néolibéral et capitaliste financier a aggravé les niveaux d'iniquité et d'injustice sociale, rendant plus évidentes des sociétés profondément inégales, des sociétés où coexistent, selon la rhétorique gaitaniste*, un "pays national" profond et une élite privilégiée ou un « pays politique ». Les classes dirigeantes, afin d'éviter la crise et d'établir une discipline sociale, ont eu recours à l'exacerbation de l'autoritarisme, du racisme, de la xénophobie, de la aporophobie (phobie des pauvres), de la ségrégation et, dans de nombreux cas, à une mentalité fasciste.

2. Le "bon sens" s'est transformé.

Dans le cas de la Colombie, il y a 20 ans, l'uribisme était une alternative pour beaucoup dans le pays. La situation de crise économique et sociale, l'échec des négociations avec l'insurrection et le rejet institutionnel qui régnait à l'époque ont eut alimenté une forte approbation et un grand appui au projet uribiste qui promettait de vaincre l'insurrection sur le champ de bataille et de vaincre la corruption. Les premiers résultats en termes de contre-insurrection et de croissance économique, avec de nombreux coûts humains et sociaux, ont semblé enivrer l'élite - qui a récupéré ses taux de profit - et une partie de la société qui a perçu non seulement une apparente plus grande sécurité mais aussi que le pays était protégé contre la crise que le monde connaissait, donc apparemment la crise appartenait au passé, et, par conséquent, il était nécessaire de donner une continuité dans le siège présidentiel à cette figure messianique-charismatique.

Cependant, malgré l'intérêt d'Uribe pour un troisième mandat, une élite financière nationale, sud-américaine et transnationale, ainsi que la Maison Blanche, ont considéré que le projet néolibéral pouvait se poursuivre sans Uribe. Très vite, les effets de la crise de 2008 ont atteint la Colombie, la chute du prix des matières premières dans le contexte international a affecté l'économie et une nouvelle lutte entre les élites s'est installée pour le contrôle de l'État, l'approfondissement du modèle et les négociations de paix embryonnaires. C'est dans ce contexte que s'inscrit la première grande poussée du mouvement populaire du nouveau millénaire, la renaissance de l'initiative populaire qui, au fil des ans, a gagné en vigueur, marquant une nouvelle période de lutte politique et lutte de classe au niveau national.

Soyons clairs, l'Uribisme représentait le changement, aux yeux de beaucoup, dans la gestion de la crise de l'époque, mais aujourd'hui, contrairement à hier, il représente la continuité d'une crise encore plus profonde, que les élites elles-mêmes ont générée. Par conséquent, de larges secteurs sociaux et populaires exigent un changement de cap, ils en ont assez des mêmes choses : de la corruption, du mauvais gouvernement et de l'injustice. En d'autres termes, face à l’incertitude, les gens préfèrent le changement, face à la stabilité, ils préfèrent la continuité. Vingt ans après l'émergence de l'uribisme, le pays est différent. Il s’y mêle une crise multidimensionnelle au niveau mondial avec une crise interne d'épuisement du modèle économique néolibéral et du projet politique uribiste. Ce qui ne veut pas dire que le projet uribiste manque de bases sociales et économiques. En effet, une partie de la société reste conservatrice, avec une mentalité de droite ; le triomphe du « non » dans le plébiscite pour la paix en 2016 et l'élection de Duque en 2018, ont non seulement donné un nouvel air à l'uribisme, mais ils ont montré qu’il maintenait une base significative et un niveau d’acceptation populaire, certes en déclin, mais qui l’a soutenu, en plus du maintien des pouvoirs régionaux et illégaux et de l'alliance avec des secteurs des classes dominantes.

3. Le gouvernement Duque traite la protestation sociale comme une guerre.

La rébellion et la dignité ont un coût élevé pour le peuple. Les classes dirigeantes nationales (Ndt criollas dans l’original) ont réagi avec le plus grand zèle en utilisant toutes leurs stratégies de pouvoir face à la revendication populaire de leurs droits et l'avancée de leurs luttes. Quelques jours avant le 28 avril, le gouvernement national, les monopoles privés et certains gouvernements locaux ont lancé des appels répétés depuis leurs agences et consortiums médiatiques, menaçant les organisateurs du Paro Nacional (grève nationale) de les empêcher de sortir, en invoquant la crainte de la propagation de l'épidémie, à laquelle s'est ajoutée la veille de la grève, la tentative de démobilisation suite à la décision d'une magistrate du Tribunal de Cundinamarca, qui a ordonné la suspension des manifestations (1). Toutefois, les efforts de démobilisation se sont révélées infructueux et les manifestations ont eu lieu le 28 avril de manière massive et créative, investissant les rues, les parcs, les monuments, les quartiers, les stations de transport et les avenues, depuis tôt le matin jusqu'à tard le soir. Au fil des jours, la participation des citoyens, les demandes, les slogans et aussi la répression ont augmenté. Les premiers jours, plus de 600 des 1100 municipalités colombiennes ont participé à la fête de la dignité et de la rébellion qui parcourait le pays. Dès le début, les manifestations ont été territorialisées dans les grandes villes ; Cali comptait plus de 33 points de blocage et de mobilisation et dans des villes comme Bogota, Pereira, Ibagué, Medellín et Neiva, il y avait de multiples points de concentration. À partir du 1er mai, les ambassades, les consulats, les avenues principales et les places centrales du monde entier ont également été le point de ralliement de milliers de Colombien.ne.s soutenant la grève et rejetant la brutalité policière.

Face à l'avancée de l'enthousiasme populaire pour développer la Grève nationale, un mélange d'agitation populaire accumulée et de clameur pour la justice sociale, le régime de Duque escalade le niveau de coercition. Le 1er mai, après trois jours de mobilisation, et avec un bilan de neuf assassinats aux mains des forces de l’ordre, le président Duque, invoquant l'article 130 de la loi 1801, a annoncé au pays la déclaration d'« Assistance militaire » comprise comme « l'instrument légal qui peut s’appliquer lorsque des événements de grave altération à la sécurité et de coexistence l'exigent, ou pour faire face à des risques ou de dangers imminents, soit pour faire face à un état d'urgence ou à une calamité publique. Par ce décret, le Président de la République peut se prévaloir temporairement et exceptionnellement du concours de la force militaire » (2).

À partir du 2 mai, cette décision a signifié plus de force publique, d'ESMAD et de militaires (armée de terre, marine et armée de l'air) dans les rues, l'utilisation d'armes létales, d'armes de guerre telles que les hélicoptères « Blach hawk », instaurant des couvre-feux, mettant en œuvre la fermeture des villes, affectant les communications, créant des coupures de courant et d’approvisionnement de fournitures alimentaires, de médicaments et de carburant pour les citoyens, comme cela s'est produit à Cali. Toute une machinerie meurtrière et déstabilisatrice typique d'une guerre internationale que les médias officiels ont réduite au silence de manière complice, les réseaux sociaux étant principalement ceux qui ont enregistraient les abus des Forces Publiques.

Stimulées et encouragées par les tweets de leur chef Duque - qui, en plus d'inciter à la déclaration de « trouble interne », appelaient à l'utilisation des armes de la force publique pour défendre la vie et les biens du bon peuple et à l'extermination des manifestants - les actions coercitives et criminelles de la police et de l'armée ont été complétées par la stratégie de l'État consistant à armer des civils (assassins payés par les forces de l'État) pour ouvrir le feu au milieu des manifestations, comme l'ont montré de multiples vidéos et rapports dans le cas de Cali (3), et d'organiser les « chemises blanches » à Cali et à Popayán pour dresser les gens les uns contre les autres dans le meilleur style des escadrons anti-ouvriers connus sous le nom de « chemises noires » dans le cas du parti fasciste de Mussolini, de « chemises brunes » du parti national-socialiste d'Hitler ou de « chemises bleues » des Falangistes.

Entre le 2 et le 13 mai, les chiffres de la répression ont été multipliés par cinq. Plusieurs entités et ONG telles que le Bureau du Médiateur, Temblores, Human Rights International et la coalition « Défendre la liberté, une affaire de tous » ont fait le suivi et, selon cette dernière, le gouvernement Duque est responsable d'au moins 50 homicides, 1330 blessés (1040 civils et 290 policiers), 1430 détentions arbitraires, 21 victimes de violences sexuelles de la part des forces de sécurité, 35 victimes de blessures aux yeux et plus d'une centaine de citoyens disparus (4). Figures terrifiantes qui révèlent une utilisation disproportionnée, patriarcale et perverse de la force typique des guerres d'extermination.

Ce que le régime de Duque a fait - en seulement 16 jours - est un massacre contre son peuple, la plus grande répression pendant la pandémie dans le monde si nous la comparons en proportion de jours, d'homicides et de violations des droits humains avec ce qui s'est passé aux États-Unis (mai 2020), au Pérou (novembre 2020), en Colombie (septembre 2020), au Chili (octobre 2019). Malgré cela, les rues sont toujours pleines de rébellion populaire. Chaque nouveau mort, chaque viol, chaque blessé, chaque souffrance des manifestants et de leurs familles est une pierre qui pèse sur la chute de son régime, sur l'effondrement du modèle qu'il défend et sur son jugement international.

La dignité et la non-conformité sociale du peuple l'ont emporté sur la peur de la pandémie, de la répression et de la crise sociale, c'est-à-dire que l'indignation et la peur que les réformes du gouvernement ont produites dans de larges secteurs sociaux ont été plus puissantes et les ont poussés à descendre dans la rue pour défier la contagion du virus, l'intimidation institutionnelle et, bien sûr, les balles et la terreur déchaînées par l'État.

4. Les cycles de la protestation populaire récente et la configuration du sujet social-populaire du changement

En Amérique latine, après l'attaque et le désarmement idéologique et organisationnel du mouvement ouvrier et populaire représenté par la mise en œuvre du projet néolibéral à la fin des années 1980 et au début des années 1990, il a fallu une décennie pour la recomposition et le renouvellement du sujet populaire, avec les premiers signes de recomposition avec l'émergence du néo-zapatisme au Mexique, du mouvement indigéniste andin et du mouvement piquetero en Argentine, entre autres. Ainsi, au cours des deux dernières décennies, nous avons assisté à la montée de la lutte sociale et à la configuration d'un nouveau projet alternatif populaire dans la région. Le cas de la Colombie cela prendra une décennie de plus, seulement jusqu'au déploiement des mingas autochtones à partir de 2008 et l'apparition sur la scène publique du Congrès des Peuples et de la Marche Patriotique en 2010, année du bicentenaire de la République, un sujet populaire diversifié commence à se former et à prendre progressivement l'initiative politique.

Cependant, la Mesa Amplia Nacional Estudiantil (MANE) constituera la première grande mobilisation nationale en 2011, composée d'étudiants d'établissements d'enseignement supérieur (EES) qui a rassemblé de larges secteurs de la société et qui, après des semaines de fortes mobilisations, s'est terminée par un grand triomphe social : le retrait devant le Congrès par le gouvernement de la « proposition de réforme de la loi 30 de l'enseignement supérieur » qui était clairement axée sur la marchandisation de l'enseignement supérieur public. La grève nationale agraire, deux ans plus tard, a brandi des bannières contre l'ALE et a exigé que l'on prête attention à l'agriculture, sous l'impulsion de divers secteurs producteurs parmi lesquels se distinguaient les producteurs de pommes de terre, de canne à sucre, de lait et de sucre, entre autres. La célèbre phrase du président Santos, « qu'une telle grève n'existe pas », s'est retournée contre lui et une multitude de personnes dans les villes ont rempli les rues en solidarité avec les paysans. Cette grande mobilisation a abouti à l'installation de tables rondes qui se sont usées avec le temps et l'absence de volonté politique gouvernementale.

Ce qui s'est passé depuis le 21 novembre 2019 et le 21 avril de 2021 sont des soulèvements populaires, appelés par des organisations politiques, sociales et syndicales qui font partie du Comité National de Grève CNP, mais aussi à l’appel d’une citoyenneté diversifiée et belligérante qui ne converge pas dans le CNP, où le mouvement des jeunes, le mouvement des femmes, les expressions territoriales, le mouvement artistique et culturel, ont joué un rôle de premier plan et qui constituent au moins trois volets du nouveau sujet socio-populaire du changement.

Avant ces dernières expressions de la mobilisation nationale, il y en a eu d'autres d’importance significative : les mingas autochtones de 2011, 2014, 2017 et 2019 ont eu l'inestimable contribution de montrer de manière exemplaire au reste de la société un chemin collectif de lutte, de persistance et de construction de l'autonomie, tout comme les mouvements civiques de Buenaventura réclamant la démocratie et portés par les travailleurs portuaires, les artistes, les conseils communautaires, les chômeurs, les chauffeurs de moto-taxi, entre autres. Les luttes exemplaires des enseignants en 2019 et, pendant la pandémie, la mobilisation connue sous le nom de « chiffons rouges » comme forme d'action de solidarité communautaire pour la revendication d'un « revenu minimum garanti» pour contrer les effets sociaux de la pandémie, puis les manifestations contre la brutalité policière et l'assassinat de leaders sociaux pendant le mois de septembre 2020, menées principalement par les jeunes des quartiers et le mouvement féministe, complètent le tableau.

Comme nous le voyons, un sujet populaire alternatif et diversifié, mélange de traditions classiques de la gauche avec des courants renouvelés de résistance s'est formé sur ce chemin de la lutte politique, un sujet alternatif organisé et non organisé, et des cycles de contestations sectorielles, qui oscillaient entre le local-régional et le national, ont abouti à des gains sociaux qui ont ensuite été perdus puis réclamés à nouveau ou ont abouti à des tables de négociations techniques et des accords avec le gouvernement qui n'ont jamais été respectés. Ce n'est qu'à partir des luttes qui ont marqué le 21 novembre et qui ont été réitérées sur le 28 avril qu'il a été possible d'unir dans une même lutte la diversité des demandes et des revendications des différents secteurs sociaux, politiques, syndicaux et territoriaux, avec chaque fois un caractère moins vindicatif et plus politique, en remettant en cause le modèle économique et politique - pas seulement le régime -, le type de démocratie, et en réfléchissant à la possibilité de construire un projet politique populaire, autonome et indépendant du projet des classes dominantes.

5. La culture de la rébellion et de la mobilisation comme moyen de promouvoir l'action politique.

Les transformations dans le domaine de la politique et de la culture ne se produisent pas seulement au niveau institutionnel. Les résultats politiques obtenus jusqu'à présent sont très précieux : avoir annulé la réforme fiscale, fait pression sur la démission du ministre des finances Carrasquilla et laissé la réforme de la santé sans légitimité, il est clair que ce mouvement a le potentiel pour aller plus loin. La dernière décennie, et en particulier les mobilisations et soulèvements populaires qui ont eu lieu en Colombie depuis novembre 2019, ont impulsé et représenté une transformation au niveau de la culture, une démocratisation dans le domaine des idées et des pratiques politiques subalternes. C'est un moment d'irruption d'un protagonisme populaire qui trouve dans la manifestation, dans la rue, un moyen d'exprimer et de s'approprier la réalité sociale, les aspirations et les revendications communes et diverses, où les problèmes nationaux complexes et multiples sont discutés dans des assemblées populaires. Ce moment a signifié une rupture avec une hégémonie populaire conservatrice, qui se déroulait entre la passivité et l'attente que la solution vienne de quelque caudillo ou messie, ou, dans le pire des cas, entre la défense active de l'ordre établi. Il s'agit d'une contestation, d'un mouvement populaire diversifié, multiclasse et multisectoriel dans un environnement de mobilisation populaire qui place dans la lutte massive, large et même radicalisée la manière d'influencer et de participer politiquement aux affaires publiques et à la nation.

Où aller ?

Le défi qui s'est ouvert ces dernières années pour le camp populaire suggère que les trois grands courants qui constituent aujourd'hui le sujet social-populaire du changement devraient converger et se rencontrer dans un même défi programmatique et organisationnel. On peut les caractériser comme suit : a) Un mouvement populaire organisé dont la composition couvre les expressions historiques des partis, des mouvements politiques, des organisations sociales et commerciales (travailleurs, fonctionnaires, étudiants, paysans) et des organisations territoriales qui, pour une part significative, convergent vers le CNP ; (b) un mouvement renouvelé et organisé au-delà du partisan, qui s'exprime dans des organisations féministes, de genre, environnementales, de jeunesse, culturelles, afro, ethniques, numériques, première ligne ; (c) un large mouvement citoyen inorganisé localisé territorialement qui se mobilise en solidarité avec les luttes depuis 2011 et plus activement depuis 2019.

Un projet commun qui reprenant les aspirations, les revendications, les répertoires et les besoins de chaque volet pourrait tendre vers 4 éléments initiaux : i) la démilitarisation des territoires, la fin de la criminalisation de la contestation, du génocide des leaders populaires et la sanction de toutes les violences sexistes ; ii) l'exercice de l'autonomie politique, économique, culturelle et d'autoprotection ; iii) le revenu minimu garanti, le renforcement des systèmes de santé publique et la taxe écologique sur les entreprises ; iv) la démocratisation de la société.

Aujourd'hui, le sujet social et populaire diversifié a ouvert un horizon de démocratisation et doit s'efforcer d'assumer et de maintenir son indépendance politique et programmatique, et, selon ses modes de dialogue et de connexion avec l'ensemble de la société, il aura des possibilités de se consolider et de se maintenir dans le temps au-delà de la situation électorale qui se profile en 2022. Le mouvement populaire, avec sa dignité rebelle, a déjà effectué une transformation significative et a gagné une place dans l'autre Colombie possible qui émerge. Elle a semé et arrosé la graine de l'espoir, qui s'est répandue sur le continent et dans le monde entier.

* de Jorge Eliécer Gaitán, un homme politique colombien issu de la classe moyenne et assassiné en 1948 alors qu’il était candidat à l’élection présidentielle de 1949 (ndt)

Notes :

(1) “Tribunal de Cundinamarca ordenó suspender las marchas de esta semana”. El Tiempo, 27-04-2021.
(2) ¿Qué significa la asistencia militar en las ciudades y cómo funciona? El Tiempo 02-05-2021.
(3) Circulados por las redes sociales y subido a las plataformas de ddhh
(4) https://defenderlalibertad.com/


Publication originale: https://cedins.org/index.php/2021/05/19/el-levantamiento-popular-del-28a-en-colombia-entre-significaciones-politicas-e-historicas/


 

Auteur: 
Par: Jymy Forero Hidalgo Docente universitario e investigador social independiente