Projet Accompagnement Solidarité Colombie

Les pétrolières et tribunaux persécutent les opposantEs

15 March 2019

En 2001, un accord de coopération entre le procureur général de la nation, le fond de roulement de la police nationale et Ecopetrol a été conclu afin de créer sept structures d’appui (EDA) dans des régions stratégiques du pays. Ces zones sont caractérisées par l’exploitation pétrolière et énergétique. L’objectif est de se doter d’un plan de lutte contre la rébellion. Un des arguments principaux soutient que les organisations sociales font parties de l'insurrection et que, par conséquent, l'EDA se doit de démanteler ce mouvement.

 

Les arrestations des dirigeants sociaux Hermes Burgos d'ASONALCA et Alix Miriam Aguilar d'ASMUC, le 30 septembre 2018, de Ferney Salcedo, dirigeant paysan d'Asonalca et de 7 paysans travailleurs de la municipalité de San Luis de Palenque au Casanare, le 27 novembre 2018, répondent à ce plan de démantèlement. À ce nombre, s’ajoute 11 paysans de la municipalité de Trinidad qui doivent répondre à des procédures judiciaires intentées par la multinationale Cepsa depuis le mois de janvier.

 

Les détentions des dirigeants sociaux sont considérées comme de "faux positifs judiciaires", c’est à dire une forme de persécution effectuée par l’État, souvent à l’encontre de dissidents politiques, en vue de démontrer des résultats dans la lutte contre le terrorisme et discréditer l’opposition politique. Les organisations qui défendent les territoires se retrouvent donc paralysées par des procédures juridiques. Parallèlement, les mécanismes légaux permettant la défense des territoires se retrouvent invalidés. La cour constitutionnelle, dans un jugement rendu le 13 février 2019, a enfoncé le clou dans le cercueil des référendum municipaux, arguant que ces consultations, bien que reconnues par la constitution, ne peuvent empêcher les activités minières ou pétrolières. Ce jugement fait suite à plusieurs consultations publiques où le « NON » l’a emporté massivement afin de freiner l'avancée des industries extractives.

 

Pour sa part, le bureau du procureur général de la nation n’applique pas ses propres directives. Par exemple, la directive 0008 du 27 mars 2016 stipule que "des directives sont établies en ce qui concerne les infractions pouvant survenir au cours d'activités de contestation sociale", ce afin d'éviter l'abus de l'usage des lois pour réprimer les manifestations. Pourtant, sur le terrain les organisations colombiennes dénoncent la mise en application d’un "traitement de guerre", soit de la répression militaire et policière contre les manifestations (comme c'est le cas dans le département du Cauca depuis la fin février), la criminalisation et les poursuites légales des personnes visibilisées lors des actions d’opposition, etc... Tout est mis en œuvre afin de dissuader les membres de communautés de manifester et de s'opposer au développement de l’extractivisme sur leurs territoires.
Dans le département du Casanare, l'opposition aux activités pétrolières ne cesse d’augmenter en réponse à l’irrespect des entreprises face aux accords conclus avec les communautés lors de négociations, mais aussi, plus généralement, par inquiétude pour la protection de l'environnement. La pétrolière canadienne Frontera Energy à San Luis de Palenque a déposé, en tant que victime, des accusations de conspiration contre huit personnes des communautés, alors qu'elles n'ont utilisé que des moyen légaux pour manifester leurs désaccords.

 

L'utilisation des tribunaux afin de neutraliser l'opposition aux intérêts pétroliers, mais aussi, plus généralement face à la contestation des militant.e.s des mouvements sociaux, n'est pas nouveau. Plusieurs cas exposent des montages judiciaires condamnant de faits les personnes accusées, sans preuve, à passer plusieurs années en prison préventive. Une récente réforme judiciaire a augmenté les délais de deux à quatre ans avant la tenue d’un procès. Le bureau du procureur peut donc présenter des accusations, le plus souvent basées sur de faux témoignages de supposés membres démobilisés de la guérilla qui reçoivent des bénéfices juridiques pour leurs témoignages. Les politiciens et fonctionnaires publics utilisent largement les médias pour proclamer la condamnation publique des accusé-es et s'assurer que ces personnes passeront de deux à quatre ans en prison avant d’être innocentées en procès. Ce qui est nouveau dans les cas du Casanare, ce sont les accusations pour "conspiration" pour le simple fait que plus de trois personnes s'organisent afin de faire valoir leurs revendications face aux pétrolières. Des revendications qui, le plus souvent, se résument à exiger que celles-ci respectent les lois. La répression tente de faire taire les désaccords à l’imposition d’un modèle néolibéral soutenant une économie extractive.

 

Malgré le froid qui caresse les os, c’est la survie de la diversité de modes de vie, la soif de justice sociale, qui pousse encore à dire non. Manifestations, blocages, initiatives populaires, les mouvements sociaux sont là et ne se laisseront pas taire.

Author: 
PASC

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