Projet Accompagnement Solidarité Colombie

Des nouvelles d'en-dedans

6 October 2010

Publié dans Le Caillou dans le soulier, no7

Depuis 2007, le PASC travaille avec les prisonniers et prisonnières politiques de Colombie. Il s’agit de femmes et d’hommes considéré-e-s par l’État comme ses ennemi-e-s de l'intérieur, comme rebelles ou comme terroristes, enfermé-e-s avec peu de recours et sous l’exclusive vigilance de ce même État. Ce qui les rend d'autant plus vulnérables en ce qui a trait aux respects de leurs droits.

Selon le Comité de solidarité avec les prisonniers politiques (CSPP), 60% des détenu-e-s politiques ne sont pas des combattant-e-s, mais plutôt des syndicalistes, des défenseur-e-s de droits humains, des membres d’organisations populaires, qui font face à des accusations de rébellion ou de terrorisme s’appuyant sur des témoignages d’informateur-trice-s travaillant pour le gouvernement. Ces faux témoins, souvent rémunérés, affirment que le ou la détenu-e fait partie d’une organisation insurrectionnelle ou encore qu’il-elle a collaboré ou participé à un acte de terrorisme avec une telle organisation.

Les prisonier-ère-s politiques se retrouvent surtout dans les prisons à sécurité maximale. Les prisons de Valledupar et de Combita par exemple, où sont détenus plusieurs d'entre eux-elles, ont été créées suite à un accord avec le Bureau fédéral des États-Unis, qui est intervenu dans la construction de ces établissements, dans la formation et la gestion des gardes et dans la formulation du règlement interne des prisons.

Sous le prétexte de réaliser des expériences de cohabitation pacifique et de réconciliation, des détenu-e-s pour paramilitarisme et rébellion sont de plus en plus souvent placés dans la même cellule, ce qui génère des situations conflictuelles où le/la prisonnièr-e politique est clairement désavantagé-e, puisque les forces paramilitaires sont présentes, en tant que structure organisée dans les prisons et bénéficient d’alliances avec les gardes de prison ou parfois même du contrôle pur et simple de l’administration de l’établissement.

Pour cette raison, la première revendication des prisonnier-ère-s politiques consiste à exiger leur regroupement dans un même « patio » (pavillon), afin d’améliorer leurs conditions de sécurité et de favoriser leur organisation à l’intérieur de la prison. Comité de défense des droits humains, comité de soutien juridique, comité éducation, comité d’information, etc., les prisonnier-ère-s politiques sont très actif-ve-s durant leur détention. Plusieurs décident de mettre à profit cette réclusion pour parfaire leur éducation académique et politique et continuer leurs luttes pour la justice sociale à l’intérieur de la structure répressive.

C’est le cas du Pavillon numéro 3 de la prison de haute sécurité de Palo Gordo. Afin d’assurer leur sécurité dans le pavillon, les prisonniers ont, avec l’appui du CSPP, présenté un dossier à la Cour interaméricaine de droits humains (CIDH) afin d’obtenir une injonction. La CIDH a par la suite exigé à l’État Colombien la mise en place de « Mesures de protection », lui exigeant de veiller à la sécurité de ces prisonniers, notamment en les regroupant dans un même pavillon au sein d’une prison et en appliquant les normes nationales en matière de conditions de détentions (salubrité, droit au travail et à l’éducation, droit au rapprochement familial pour les peine de longue durée, etc. ).

Cette situation a le potentiel d’être à l’avantage de tous, puisque le mode d’organisation au sein du pavillon interdit des pratiques malheureusement courantes dans le reste de la prison tel que l’usage des armes, le vol, l’extorsion (en menaçant de violer des membres de la famille lors des visites par exemple), la consommation ou le trafic de drogue, il assure aussi le droit à une cellule sans devoir payer « un loyer » à un chef de gang local comme dans les autres pavillons.

Cependant l’administration n’a de cesse de saboter le travail d’organisation dans le pavillon des prisonniers politiques en s’attaquant aux présumés leaders de celui-ci. Au début de l’année 2010, Nixon Barrera, impliqué dans plusieurs comités de son pavillon et notamment en charge de la communication avec le PASC, a été transféré à plusieurs centaines de kilomètres de sa famille. Au moment d’écrire ces lignes, les dernières lettres que le PASC lui avait envoyées n’ont pas été retrouvées et il n’a pas encore pu faire parvenir de nouvelle. Sous prétexte de respecter les mesures de protection de la CIDH, il a été confiné plusieurs semaines en isolement dans ce qu’on appelle communément « le trou ».

Luis Perez, lui aussi du Pavillon 3 avait quant à lui demandé un transfert pour rapprochement familial, il a obtenu un transfert à l’autre bout du pays doublant la distance pour la visite familiale.

Transférer les prisonniers qui s’impliquent dans les comités de droits humains ou dans la vie organisationnelle du pavillon des prisonniers politiques, c’est une façon de dissuader les autres de s’y impliquer et donc de limiter les possibilités de vie collective dans le pavillon.

Dans les prisons pour femmes, la situation est quelque peu différente. Les prisonnières politiques étant moins nombreuses, elles ne sont donc pas regroupées dans un seul pavillon. Cependant, les prisonnières politiques sont les plus impliquées dans la vie politique et associative de leur pavillon et elles en paient régulièrement le prix. C’est le cas des prisonnières de la tour 9 de la prison de Valledupar qui, le 24 novembre 2009, ont subit les conséquences de leur implication. Les gardes sont entrés pour procéder à une fouille; il s’agissait majoritairement d’hommes alors que les normes nationales et internationales obligent que les fouilles soient exercées par des gardes de même sexe. Une des déléguées du comité de droits humains a donc demandé au garde en chef de la fouille, le capitaine Riveira, de pouvoir consulter la directrice à ce sujet. Maria Rodriguez a alors été rouée de coup, ces compagnes qui tentèrent de lui venir en aide ont subi le même sort. Au total, 7 femmes ont du être conduites à l’infirmerie pour des blessures graves.

Ce qui permet de traiter les prisonniers et prisonnières ainsi c’est leur isolement. En effet, venir en aide, appuyer, se solidariser avec des ennemis de l’État c’est accepter de soi-même le devenir et donc de s’exposer à des risques pour sa vie et surtout celle de ses proches. Ces risques sont beaucoup moins grands pour des organisations et des personnes canadiennes, une lettre de soutien, de dénonciation un appel à la direction de la prison peut faire une grande différence, et c’est pourquoi le PASC, en plus de diffuser de l’information et de maintenir une communication avec des prisonniers et prisonnières politiques, répond à des actions urgente en appelant les autorités carcérales pour leur exiger le respect des droits des prisonnier-ère-s politiques, lorsque ceux-ci et celles-ci nous informent des abus qu’ils et elles vivent.

Pour plus d’information: www.pasc.ca Vous pourrez également écouter des témoignages audio de prisonniers politiques dans la série «La Colombie de l’intérieur» à l’adresse : http://pasc.ca/spip.php?article471

Des nouvelles de la campagne pour la dignité et la liberté de Diomedes Carvalajino

L’histoire de Diomedes Meneses Carvajalino raconte un des cas de torture (documentés) les plus graves à l’encontre d’un dissident politique en Colombie. Croyant l’avoir achevée, les tortionnaires ont abandonné leur victime à la morgue le 25 mai 2002, mais Diomedes Meneses Carvajalino a survécu... pour raconter (son témoignage audio et écrit est disponible ici, et un pamphlet de la campagne ici).

Diomedes est un jeune homme de 25 ans, actuellement détenu au pénitencier de haute sécurité Palo Gordo de Girón. Il y purge une peine de 17 ans pour un homicide qu’il n’a jamais commis, victime d’un montage judiciaire parce qu’il a été identifié comme un membre de l’ELN (Ejercito de Liberacion Nacional, guérilla). Depuis 2002, Diomedes est prostré dans un fauteuil roulant et endure des douleurs inimaginables, séquelles des tortures qu’il a subies en mai 2002 aux mains de l’armée colombienne. Même s’il n’a jamais perdu totalement la sensibilité de ses jambes, il n’a pas pu compter sur le support médical qui lui permettrait au moins d’explorer les possibilités d’améliorer sa situation.
 
Régulièrement laissé sans suivi médical malgré son état, il a, avec 18 autres prisonniers, réalisé une grève de la faim début décembre 2009 pour obtenir qu'une infection dans l'os de son pied soit soigné. Il a levé sa grève lors d'un transfert à l'hôpital qui a permis de diagnostiqué son infection mais il n'a toujours pas reçu les soins nécessaire en février 2010 et il risque une amputation si l'infection n'est pas contrôlée dans les prochains jours. Malgré un diagnostic clair, les autorités de la prison affirment ne pas avoir le budget nécessaire pour sauver son pied...

Author: 
PASC

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