Projet Accompagnement Solidarité Colombie

Suivi sur la grève sociale dans la région du Catatumbo

13 June 2021


Malgré les attaques répétées des forces publiques envers les manifestant.e.s, le Paro nacional continue. Dans la région du Catatumbo, le Comité de Unidad Catatumbo maintient ses trois points de blocage sur des routes régionales : à Tibú, La Curva à Bucarasica et Alto del Pozo à Sardinata.  

Le 2 juin 2021 à Alto del Pozo, un blocage permanent a été effectué. À cet endroit, des actions de visibilisation et de pédagogie sur le Paro nacional ont eu lieux aucours desquels un atelier de droits humains a été présenté aux présidents des Juntas de acción comunal des communautés. Les communautés se préparent à la réactivation de la « Mesa Campesina » ou seront exigés des garanties nationales à la manifestation et le libre exercice des droits historiquement vulnérables chez les secteurs populaires du pays. Vers la fin de cette même journée lors des actions de mobilisation et de visibilisation, un groupe de militaires s’est rapproché du point de blocage, puis s’est retiré lorsque la demande leur a été formulée. Notons ici que la présence de l’armée constitue une forme d’intimidation de la part du gouvernement.  

Dans la matinée du 2 juin 2021, des membres de la communauté ont été détenus de manière arbitraire, apparemment pour des raisons d’identification. Des membres de l’Equipo Jurídico Pueblos et du Projet accompagnement solidarité Colombie sont arrivés sur place, et la police a exigé le carnet d’accréditation comme défenseur/se des droits humains. Pendant cet échange, de nombreux policiers ont procédé à un enregistrement vidéo des visages des accompagnateurs à partir de leur cellulaire. Ces enregistrements sont illégaux et représentent un abus de la part des autorités. Cette situation n’a rien d’un événement isolé. Dans l’actuel contexte colombien, le bilan des agressions commises envers les défenseur.euse.s des droits humains est préoccupant. 

Dans un communiqué publié le 4 juin 2021, Comité de Unidad del Catatumbo a annoncé qu’il avait quitté la table de négociation, « Mesa Campesina Agropecuaria, Minera y de Paz », puisque le gouvernement régional a refusé d’offrir des garanties minimums (notamment en termes du respect du droit à la contestation sociale, mais aussi à propos d’enjeux de sécurité des leaders paysans).  Pour prendre connaissance du communiqué (esp) : https://www.facebook.com/884072338351114/posts/3992327967525520/ 

Dès lors, les communautés maintiennent les blocages sur les voies sur les points de La Virgen à Sardinata, ainsi qu’à La Curva à Bucarasica. 

Le 5 juin 2021, une conférence de presse a été réalisée au point de blocage La Virgen. Entretemps, des actions de formation sur la thématique des droits humains ont également été effectuées. Les communautés continuent le « corridor humanitaire », qui permet le passage de certaines denrées sur les points de blocage, ainsi que les accords convenus avec certains petits secteurs économiques de la région. À ce sujet, le 3 juin 2021, une délégation de 30 personnes du Comité de Unidad del Catatumbo a réalisé un accompagnement du « corridor humanitaire » au point d’entrée du Cerro González. Il y eu, lors de cette action, des survols d’un hélicoptère, et ce, très proche du sol. Alors que les mobilisations se poursuivent, le gouvernement maintient la militarisation de la région. Il maintient également le même discours lors des négociations passées, affirmant que les blocages relèvent d’un acte criminel.  


Alors que les blocages se poursuivent, les 7 et 8 juin 2021, des délégué.e.s du Comité de Unidad del Catatumbo ont participé à l’Assemblée nationale populaire qui a eu lieu à Bogotá dans le but de renforcer le Paro. 

Le gouvernement conserve sa rhétorique qui stipule que les blocages sont des actions criminelles, et qu’il existerait une soi-disant « infiltration » d’insurgés dans la mobilisation. Ce discours est utilisé pour justifier la répression policière, la judiciarisation et l’emprisonnement de personnes, tout en encourageant l’intervention des structures paramilitaires. 

À 5 h 45 le 7 juin 2021, dans la municipalité de Abrego, deux paysans ont été abordés par de nombreux policiers en moto, en exigeant qu’ils présentent leurs documents d’identification. De plus, de manière agressive, les policiers ont exigé qu’ils remettent leur sac personnel, dans lequel se retrouvaient de nombreux documents de l’Assemblée nationale populaire. Les policiers ont également exigé qu’ils se rendent à la station de police. Cette situation répressive est préoccupante, car ce n’est pas la première fois qu’elle se produit dans le cadre des mobilisations. Cela constitue un abus de la part des autorités ainsi qu’une attaque envers des personnes qui prennent part aux manifestations. 

Le 7 juin 2021 à environ 8 h, un civil en moto a voulu traverser le blocage de La Virgen à Sardinata. Suite à une procédure d’identification dans le respect de ses droits, il a été constaté qu’il s’agissait un agent de la police. Le policier n’a pas pu franchir le ligne de blocage et il a été accompagné jusqu’à un point sûr, et il a été noté que l’agent s’est rendu à Sardinata en parfaite condition physique et psychologique. Dans un communiqué publié le 8 juin, le Comité de Unidad del Catatumbo a signalé que cette situation génère énormément de préoccupation.


Le Comité de Unidad del Catatumbo propose de renforcer les mobilisations dans le cadre du Paro nacional. Le 10 juin 2021, un nouveau point de blocage a été érigé, soit celui de Agualasal. Au même temps, les points de La Curva et La Virgen se maintiennent. 

Les actes d’intimidation et de répression se poursuivent. Le 9 juin 2021, 4 membres de l’armée ont été détectés près de La Curva, qui ont été questionnés par la Guardia à propos des motifs de leur présence. La communauté et les défenseur.euse.s des droits humains de l’Equipo Jurídico Pueblos ont appelé la Defensoría, la Personería ainsi que les Nations Unies pour leur faire part de la situation. Le 10 juin 2021, 4 autres militaires ont été obervés, dont le passage a été autorisé. La communauté a fait part de cette situation à la Defensoría del Pueblo. Ces faits s’ajoutent à l’incident du 7 juin, augmentant ainsi le niveau de tension. 

Author: 
PASC REDHER EJP