Projet Accompagnement Solidarité Colombie

Deux hommes assassinent le président de l’ARCA, Nelson Medina Ortega

23 October 2014

Communiqué de presse de la USO Meta


Lundi, 20 octobre 2014, 9h00

Deux hommes ont assassiné le président de l’ARCA, Nelson Medina Ortega, leader populaire de l’organisation alliée et fondée par la USO, à Villavicencio, il y a plus de 20 ans.

La branche subsidiaire de la USO (Union Syndicale Ouvrière) syndicat des travailleurs pétroliers, au Meta, condamne ces actes, qui se renouvèlent dans ce secteur et exige des mesures effectives pour freiner cette persécution de la part des autorités et du gouvernement.

De même, la USO se solidarise avec les familles et amis de Nelson « el tata » Medina et les accompagnent dans ces moments difficiles.

En moins de deux mois, dans le département du Meta, deux leaders syndicaux populaires ont été assassinés, ce qui fait partie d’une pratique systématique qui tend à éliminer la lutte organisée des ouvriers populaires avec des assassinats ciblés. Rappelons le meurtre de Edith Santos, qui faisait partie du Conseil d’administration National du syndicat SINPROSEG, également présidente de l’Association communautaire de Acacias (CJAID).

L'ARCA est l’Association régionale de la région de Circunvecina de Apiay. Elle a plus de 20 ans de vie institutionnelle et participe activement aux tables municipales de l’emploi de Villavicencio.

Selon des informations reçues par les habitant.es, vers 19h des personnes arrivèrent à la maison de Nelson Medina dans le Bajo Pompeya. C’était 2 hommes en moto ax 100 et ils ont assassiné le leader populaire avec 4 tirs de fusils dans la tête.

 

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Lettre envoyée à l'ambassade canadienne en Colombie

Ambassadrice Carmen Sylvain
Ambassade canadienne en Colombie
Carrera 7 #114-33
Bogotá, Colombie
bgota-td@international.gc.ca

Objet: Préoccupation pour la sécurité des opposant-e-s à la présence de la pétrolière canadienne Pacific Rubiales Energy dans le département du META

Mme Sylvain,

Le Projet Accompagnement Solidarité Colombie - PASC, une ONG canadienne qui réalise des missions d'accompagnement international en Colombie depuis 2003, est très préoccupé par la situation entourant la sécurité physique des opposant-e-s aux activités de la pétrolière canadienne Pacific Rubiales Energy dans le département du Meta. De récents événements nous inquiète encore davantage. Depuis 2011, à diverses occasions, nous avons communiqué et échangé avec  l'ambassade concernant la situation de conflit social et de travail qui prévaut autour des installations de Pacific Rubiales Energy. Nous souhaitons aujourd'hui réitérer nos préoccupations alors que deux leaders communautaires et syndicaux ont été assassinés dans les dernières semaines.

Le vendredi 29 août 2014, Edith Santos, présidente de l'association communautaire de CEJAID et responsable syndicale de SINPROSEG a été assassinée de deux balles dans le torse par des tireurs en moto « sicarios ». Moins de deux mois plus tard, samedi 17 octobre 2014, Nelson Medina Ortega, président de ARCA, une association communautaire de la région de Circunvecina de Apiay, est assassiné dans des circonstances similaires alors que deux hommes à moto se présentent à son domicile et ouvrent le feu, lui envoyant quatre balles à la tête. Ces deux leaders communautaires ont été exécutés dans le cadre de quelque chose qui se rapproche à un plan paramilitaire contre les leaders communautaires de la région.

La présence de la pétrolière canadienne Pacific Rubiales Energy dans la région soulève de nombreux conflits depuis plusieurs années, tant sur le plan des conditions de travail, de la sous-traitance, que des relations avec les communautés autochtones du territoire et le respect des normes environnementales. L'ensemble de ces questions ont été traitées lors du Tribunal populaire sur les politiques extractives en Colombie en juillet 2013, dont les conclusions de l'audience pétrolière ont été remise à l'ambassade1 il y a plus d’un an.

L'ambassade a été interpelée à diverses occasions par de nombreuses organisations canadiennes sur cette question, sans qu'aucune mesure majeure n'aie été rendue publique. Il est incontestable qu’avec avec ces assassinats, la situation a drastiquement empiré ces dernières semaines. Nous ne pouvons présumer d’aucune amélioration future puisque les questions de fonds n'ont pas été résolues. En témoignent d’une part le lancement d'une campagne contre le renouvellement du contrat d'associations entre Ecopetrol et Pacific Rubiales au-delà de 2016, campagne qui a été rendue publique et qui a récolté l’appui de sénateurs et de députés colombiens et d’autre part les tentatives du syndicat pétrolier de la USO de rouvrir ses bureaux fermés en 2012 après l'assassinat d'un de ses membres. Dans ce contexte, nous considérons urgent l’implication active de l’ambassade canadienne afin d'assurer la protection des opposant-e-s aux projets pétroliers dans la région, notamment en :

1. assumant la responsabilité de s'assurer du respect des conventions internationales qui prévoient explicitement la protection des principes et des droits reconnus par l'Organisation Internationale du Travail, tels que la liberté d'association et le droit de négociation collective. Cette responsabilité du gouvernement canadien découle aussi des accords intervenus entre le Canada et la Colombie, notamment l’Accord de libre-échange entre les deux pays;

2. intervenant dans le cas de l'assassinat de Milton Rivas, membre du syndicat de la USO, en décembre 2012 2 ainsi que dans le cas des trois autres syndicalistes de la USO judiciarisés 3;

3. suivant de près le processus de restitution des terres, en partie financé par le Canada, vu le nombre de dénonciations d’irrégularités et d'attribution de terres à l'avantage de l'entreprise canadienne qui, d’après les témoignages, participe de près dans le processus. Ceci a été porté à l’attention d’une représentante de l'ambassade*  par des leaders locaux lors d'une rencontre á Puerto Gaitan.

Il est du devoir de l'État canadien de s'assurer que les entreprises canadiennes à l'étranger respectent les droits des travailleurs et travailleuses et les accords internationaux et qu'elles se soumettent aux lois internationales et nationales. L'État canadien doit enquêter sur les nombreux cas d'abus et, éventuellement, imposer des sanctions aux entreprises impliquées, dont Pacific Rubiales Energy, dans le cas qui nous concerne.

 

* 16 juin 2014, Puerto Gaitan en présence de Madame Karine Pleau.

Author: 
Presses de la USO

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