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10/05/2026

Article de Justin Scheck pour le New York Times | 27 avril 2026 

A worker blasts water from a hose into the murky ground of an open-air gold mine as others look on.

Cette mine illégale, près de Caucasia, Colombie, vend et fournit de l'or à la Monnaie Royale Canadienne. Crédit photo : Federico Rios pour le New York Times.

 

Au sein de la nébuleuse industrie aurifère mondiale, où terroristes, trafiquants et dictateurs blanchissent de l'or extrait illégalement, un grand fournisseur garantit que ses produits sont propres et issus de sources éthiques.

La Monnaie royale canadienne affirme pouvoir retracer l’entièreté de son or jusqu'à son origine, grâce à des technologies de pointe dont un logiciel similaire au Bitcoin qu'elle appelle « Bullion Genesis ». La Monnaie royale, soutenue par le gouvernement canadien, assure à ses acheteurs qu'elle ne raffine pas d'or qui soit lié à des « groupes armés non étatiques illégitimes ».

« [Notre or] est entièrement nord-américain, principalement canadien », a déclaré en entretien le directeur du raffinage de la Monnaie royale, Rob Sargent.

Mais ce que les Canadiens appellent nord-américain inclut de l'or provenant de plusieurs sources lointaines — notamment des mines colombiennes contrôlées par le cartel Clan del Golfo.

Une récente enquête du New York Times a montré que l'homologue américain de la Monnaie royale canadienne, la United States Mint, achetait de l'or provenant d'une mine de cartel.

Mais contrairement aux Américains, qui font fi de la traçabilité de leur or depuis des décennies, les Canadiens savaient qu'ils s'approvisionnaient dans un pays où le trafic de cocaïne, la violence paramilitaire et le commerce de l'or sont étroitement liés.

Ils ont tout de même continué à parler d'« or nord-américain ».

Ils l'ont fait, tel qu’expliqué par des responsables, parce qu'avant d'arriver au Canada, l'or colombien est mélangé avec de l'or américain par un intermédiaire du Texas. Aux yeux de la Monnaie royale, le mélange obtenu est alors entièrement nord-américain.

Cette fiction — et le fait qu'elle soit totalement légale — illustre comment même les négociants les plus réputés laissent entrer de l'or sale sur le marché officiel.

Two gold bars sit inside a crucible to be melted down, The bars and the crucible glow orange-red from the intense heat.

De l'or est fondu à Medellín, en Colombie, afin de fabriquer un gros lingot destiné à l'exportation. Crédit photo : Federico Rios pour le New York Times.

 

Ce n'est pas qu'une question d’image de marque. En traitant l'or comme nord-américain, les Canadiens s’absolvent de la responsabilité de vérifier sérieusement s'il a été extrait légalement.

La conseillère juridique de la Monnaie royale, Andrea Kniewasser, a expliqué que l’institution s'est plutôt appuyée sur la diligence raisonnable de son fournisseur texan. « Nous nous assurons de la validité de leur audit », a-t-elle dit.

Cet audit identifie la Colombie comme source d'or. En particulier il identifie la région d'Antioquia, où les liens documentés entre le Clan del Golfo et le commerce de l'or sont bien établis. Mais la Monnaie royale canadienne n'a pas demandé d'informations plus détaillées. « Ce n'est pas notre responsabilité », a dit Mme Kniewasser.

Ces vérifications approfondies sont pourtant essentielles pour empêcher les terroristes, les narcotrafiquants et les pollueurs de vendre leur or sur le marché officiel, selon l’enquêteur David Soud, de la firme Auxilium Worldwide, spécialisée dans le traçage de l'or illicite.

« Si un raffineur aussi prestigieux que la Monnaie royale canadienne ne mène pas de vérification sérieuse sur l'or recyclé, miné et d'origines mixtes, alors que cela suggère-t-il sur la chaîne d'approvisionnement dans son ensemble? », a-t-il déclaré.

Les plus gros joueurs de l’industrie assurent au public qu’ils écartent l’or miné illégalement de leurs sources d’approvisionnement, mais ces promesses reposent parfois sur des interprétations tirées par les cheveux – comme lorsqu’on dit que l’or colombien est nord-américain.

L’origine de l’or est importante. Avec des prix avoisinant les 5 000 $/oz, il devient plus rentable que jamais de raser illégalement des forêts tropicales, de polluer des rivières et d'imposer par la violence son contrôle sur les territoires aurifères.

Mme Kniewasser a affirmé que la Monnaie royale ignorait qu’elle raffinait de l'or lié à un cartel jusqu'à ce que le New York Times l'en informe. Le fournisseur texan représentait 5 % de l'or brut raffiné l'an dernier. La Monnaie royale a cessé d'accepter de l'or colombien le temps de son enquête.

Concernant l'étiquetage, elle a dit que qualifier l'or de nord-américain était permis par les lignes directrices de l’industrie, et que les recommandations de l'OCDE autorisaient la Monnaie royale à s'appuyer sur la diligence raisonnable du fournisseur.

L'OCDE n'est pourtant pas du même avis.

Louis Marechal, conseiller principal de l'organisation sur les minéraux, a déclaré que des raffineurs comme la Monnaie royale canadienne devraient « vérifier comment l'or a été produit pour s'assurer qu'il n'a pas financé des groupes armés ou des violations des droits humains ».

« Ne pas effectuer ces vérifications », a-t-il écrit, « s'écarterait considérablement de la lettre et de l'esprit » des recommandations de l’OCDE.

Mme Kniewasser a indiqué que la Monnaie royale allait modifier sa politique de transparence et publier prochainement une liste des pays d'origine de son or. Elle a ajouté qu'une « revue d'incident » était en cours suite aux révélations du Times.

Mais les enjeux restent peu élevés dans l’industrie aurifère : même si la Monnaie royale n'a pas respecté les recommandations, elle ne risque aucune conséquence juridique.

 

Lien vers l'article original du New York Times : 
https://www.nytimes.com/2026/04/27/world/canada/royal-canadian-mint-gol…

Author
Justin Scheck pour le New York Times | Traduction libre du PASC