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Colombie : des familles de déplacé-e-s luttent pour un lopin de terre à Yopal, dans le Casanare

10 Mayo 2018

A Yopal, cinq cents familles sont en lutte pour accéder à une terre dédiée à l'agriculture sur la ferme de Corinto. Ces familles sans terre sont  en grande partie issues des déplacements forcés des 20 dernières années. Dans la ville de Yopal, vers laquelle elles avaient été déplacées, elles ne trouvent pas de travail. Ni la municipalité de Yopal, ni le gouvernement ne s'intéressent à la situation.

La ferme de Corinto comprend environ 2000 hectares, en milieu rural, à 30 minutes de Yopal.La propriété a été confisquée par l'État colombien en 2005 quand les  paramilitaires se sont démobilisés. Aujourd'hui, elle est administrée par l’Agence nationale des Terres. Une partie des territoires de la ferme sont utilisés pour l'agriculture et l’élevage, pendant que l'autre partie est abandonnée.

Depuis le 8 avril 2018, les familles occupent la ferme. Ce même territoire était occupé par la communauté autochtone Nasa Kiwe de Yopal les jours précédents. Les Nasa Kiwe luttent aussi pour leur territoire depuis plusieurs années . Le gouvernement a rendu leurs conditions de vie difficile, car ils et elles n’ont pas de terre suffisante pour vivre.

La police attaque avec des armes à feu

Le 27 mars 2018, une délégation des familles de la communauté des familles déplacées sont venues visiter les Nasa Kiwe à la ferme de Corinto pour montrer leur solidarité avec la lutte autochtone. « Durant cette visite la police nationale est venue et elle a commencé à attaquer un jeune Nasa sur la route, devant la ferme. Quand nous nous sommes approchés du jeune pour l'aider, un officier de police a sorti son arme et a tiré en l'air », raconte un témoin pour  Colombia Informa.
Les unités de la police nationale ont commencé par tirer avec les pistolets et les fusils en l'air puis au niveau des jambes des personnes. C'était une attaque avec des armes à feu contre des occupant-e-s désarmé-e-s. On compte plusieurs blessé-e-s et un paysan a reçu un tir au pied.

L'ignorance de la municipalité de Yopal

Ni la situation des personnes sans terres, ni la violence de la police ne paraissent des raisons suffisantes pour que la municipalité de Yopal ne remette en question sa position actuelle. Les jours suivants l'occupation, la municipalité a envoyé à trois reprises la police anti-émeute – Esmad – avec l'intention de déloger les occupant-e-s de la ferme de Corinto. À chaque attaque, les occupant-e-s se sont retiré-e-s pacifiquement dans la Savane, tandis que la police anti-émeute a détruit la cuisine et la nourriture.

Quelques 100 délégué-e-s des familles de déplacé-e-s se sont mobilisé-e-s et ont manifesté devant la mairie de Yopal le 11 avril 2018 dans l'après-midi pour faire voir la situation et demander un dialogue. Comme la municipalité n'a pas souhaité leur ouvrir les portes pour discuter, les portes-paroles de la communauté ont raconté leurs situations et leurs exigences au public et aux médias présents :
« Nous sommes casaneriens (de la région du Casanare) et victimes du gouvernement. C'est pour cela qu’aujourd'hui nous sommes présent-e-s, pour expliquer ce dont les familles ont besoin. Au Casanare, nous (familles déplacées) n’avons plus de ressources, plus de terres. Ils ne nous ont rien laissé. L'unique alternative que nous ayons pour survivre s'appelle le champ, l'agriculture. Revenir à la terre est notre seule moyen pour gagner notre vie. Nous souhaitons qu'ils nous donnent 5 hectares par famille, c'est pas beaucoup. Mais 500 familles produisant poulet et cacao est une option pour subvenir à nos besoins . C'est pour cela que nous demandons les terres de la ferme de Corinto qui est aujourd'hui au gouvernement et ne produit de l'argent que pour une seule  famille. »

« Ici, à Yopal, il n’y a pas de travail. Nous avons besoin de terre pour travailler et enseigner à nos enfants. Nous sommes toujours déplacé-e-s et jamais on ne nous a écouté-e-s. Il n'y a pas de justice pour nous. On tue nos familles, nous nous faisons expulser de nos terres et nous sommes là parce que l’État n'a jamais collaboré en rien… C'est pour cela que nous exigeons qu'il collabore et nous donne l’opportunité de travailler nos terres. »

 

http://www.colombiainforma.info/familias-desplazadas-luchan-por-un-pedazo-de-tierra-en-yopal

Autor: 
Colombia Informa