Projet Accompagnement Solidarité Colombie

La cromatografia comme outil de lutte pour la souveraineté alimentaire

4 Abril 2018
Cromatografia

Imprégnation d’une croma d’un sol exécutée dans un laboratoire artisanal de Cali, 2 avril 2018. Le résultat démontre une présence forte de matière organique et de minéraux, mais non disponible dû à la compaction du sol.  En d’autres termes, les éléments nutritifs qui composent un sol sont visuellement présents mais par manque d’équilibre et d’énergie (aération, accès à l’eau), ils demeurent en disharmonies: les différentes zones se distinguent bien. Pour en savoir plus chapitre II de l’ouvrage de Jairo Restrepo.

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Une technique d’analyse qualitative des sols peu connue, voir méprisée du champ académique et professionnel appelé Cromatografía, existe pourtant depuis les années 1900. En effet, initialement développée par le botaniste russe Mikhail Tswett afin de séparer les différents pigments des plantes, en l’occurrence la chlorophylle,  la technique est par la suite, peu à peu développée en Allemagne entre autre par le philosophe Rudolf Steiner, également fondateur de la biodynamie. Ce dernier l’utilise afin d’analyser le développement de pathogènes, tels que la syphilis et la tuberculose, expérimentations qui le mènent graduellement à investiguer la sève des plantes et pulpes de fruits afin d’en déterminer la qualité des éléments (par caractérisation physique et chimique), tout en considérant les éléments systémiques externes et internes à la production (entre autre l’influence du cycle lunaire dans la présence de sels au sein des éléments). D’autres protagonistes s’y intéresseront au fils des ans, à des fins diverses, si ce n’est au final, le biochimiste allemand Pfeiffer, qui perçoit en la technique, un réel potentiel pour l’analyse approfondie de la microbiologie des sols. En Amérique Latine, on voit apparaître le premier ouvrage sur le thème en 2015. Intitulé Cromatografía, imágenes de vida y destrucción del suelo, l'ouvrage est publié par Jairo Restrepo Rivera, consultant international et ingénieur agronome de l’Université fédérale brésilienne de Pelotas. Mentionnons ici l’importance que constitue le travail de Jairo Restrepo Rivera pour l’avancé de la démocratisation du savoir-faire paysan comme outil de lutte contre les géants de l’agroalimentaire. Jairo est en effet une référence unique en ce qui concerne l’Agriculture Régénérative en Amérique Latine, et ce, pour oser repenser les relations de pouvoirs, toujours dans cette logique de souveraineté alimentaire, ce qui se traduit concrètement, dans le développement de techniques, d’outils, de connaissances et de processus organisationnels sortant de la route tracée par-delà la Révolution Verte allant jusqu’au Libre-échange.

Au même titre que l’on voit apparaître récemment au Québec des mouvements alternatifs de productions comme la permaculture, le biointensif, les villages nourriciers,  la solidarité alimentaire, concepts découlant de l’influence de plusieurs écoles de pensée dont l’agroécologie de Pierre Rabhi (France) ou bien plus récemment la production maraîchère à petite échelle de Jean-Martin Fortier, la contribution de Jairo Restrepo à l'agriculture biologique, comme celle de tout autre avant-gardistes militants de d’autres pays, est en soi une révolution dans la manière de penser la méthodologie-terrain de façon systémique. En l’occurrence la cromatografía permet un contrôle en temps réel, adapté aux réalités locales, précis et complétement indépendant des circuits industriels/scientifiques  et surtout en ce qui concerne les certifications biologiques qui permettent soit disant un « accès » au marché. Un titre qui, par définition, rend paradoxalement ces produits certifiés inatteignables. En effet, en s’intéressant à sa définition propre le terme accéder à quelque chose implique en soi le fait d’obtenir un état jugé supérieur à la situation ou au rang occupé jusque-là, ce que suppose la certification. Le fait de surclasser un aliment biologique qui pourtant provient de l’état naturel des sols, et qui appartient donc à sa nature originale, signale que nous avons encore trop peu de compréhension relativement à la microbiologie du sol où nous cultivons dans ce souci de quantité plutôt que de qualité. En réponse à quoi, la manière de lire autrement un sol peut nous aider à comprendre la qualité de ses interactions vivantes et dynamiques. Ainsi la méthodologie est décrite à même le nom : Chroma = Couleurs, Graphos = Écriture.

La Cromatografía est donc une méthode qualitative dont le principe est de décomposer les composantes du sol (microbiologie, minéraux, matériel organique). Le résultat est visuel et  permet l’interprétation des interactions entre ces mêmes composantes, selon le contexte spécifique auquel le sol est soumis et selon un regroupement de lectures établies au fils du temps par les biochimistes qui s’y sont intéressés.

Enfin, la technique permet de renforcer une dignité au sein de son travail et ce faisant, des laboratoires artisanaux prennent peu à peu forme en Colombie. C’est le cas entre autre de Tierra Libre à Bogotá ou encore de Surcomún à Cali, où dans le cadre de l’accompagnement du PASC, le développement d’un tel laboratoire est l’occasion de renforcer  les connaissances et savoirs, dans le but de conjuguer et d’intégrer une méthodologie approfondie au sein de projets en agriculture biologique.

Voir : https://morralcampesino.files.wordpress.com/2016/03/cromatografia-restrepo-pinheiro.pdf

Autor: 
PASC