Projet Accompagnement Solidarité Colombie

Plan Colombie II : "Un État communautaire : le développement pour tous"

9 Marzo 2008

 

Lorsque démocratie, programmes sociaux et respect des droits humains sont les nouvelles armes d'assujetissement :

L'État communautaire 1

Publié dans la Piedra No 4,

Sur le papier...

Le quotidien El Tiempo du 18 decembre 2007 annonçait que le congrès des Etats-Unis a finalement decidé de renouveler le financement du Plan Colombie (2001-2006) pour la nouvelle année 2008. Le financement souffrira d'une coupure de 43,4 millions de dollars, ce qui correspond à une réduction de 10% par rapport au budget 2006-2007. Nous parlons tout de même d'un budget de 544 millions de dollars US. Le fameux grand changement sur les orientations politiques des Etats-Unis, c'est la repartition du budget (puisque ce sont les Etats-Unis qui le decident) .

 

Tel que publié dans El Tiempo :

 

Plus d'argent pour les droits humains

 

- 20 millions de dollars US pour la Fiscalia, son departement de droits humains et la mise

en oeuvre de la loi de justice et paix

- 8 millions pour des activistes de droits humains

- 5,5 millions USD pour la réforme judiciaire

- 3 millions USD pour la Procuraduria

- 2 millions pour la Defensoria del Pueblo (organe de l'État en charge du respect des

droits humains)

- 750 000 USD pour le Bureau du Haut commisaire aux droits humains

- 5 millions USD pour traitements medicaux, retrait de mines et communications

 

Moins pour les militaires et les fumigations

 

- 308 millions USD pour les forces militaires et la fumigation (450 millions les années anterieures)

 

 

Le Plan Colombie qui comprenait jusqu'alors un financement à 70% dedié au budget militaire et aux fumigations, n'investira à l'avenir que dans une proportion de 56% (308millionsUSD) dans la stratégie militaire donc investira moins dans le déplacement forcé des populations. Devrait-on alors se rejouir de voir les autres 44% (236 millions USD) de ce budget faramineux alloué à la composante sociale du Plan Colombie? En lisant le document de promotion du plan rédigé par le gouvernement colombien, on s'y méprendrait presque tant les mots “respect des droits humains”, “dévelopement durable”, et “projet alternatif “ aparaissent avec habileté (on dirait une demande de financement d'ONG). Mais ces projets sociaux ne sont en fait que la dernière étape d'un plan bien etabli visant à éliminer la paysannerie.

 

Dans le document officiel, Estrategia de fortalecimiento de la democracia y el desarrollo social (2007-2013), il y a plusieurs affirmations qui parlent d'elles-mêmes 2 :

 

" Pour améliorer le contrôle social et territorial, la force publique doit parvenir à être présente dans tous les recoins du territoire (...) pour ce faire, il faut étendre le réseau d'informateurs et développer des programmes sociaux executés en présence de l'armée redonnant ainsi confiance en cette dernière"

" Avec la certitude que l'ouverture des marchés augmente l'efficacite de la distribution des ressources, améliore en qualité et en quantité les conditions d'accès aux marchés, en positionant les exportations nationales sur le marché mondial et dans le but de fortifier les relations politiques entre nations, le gouvernement colombien a établi un agenda d'intégration dynamique de la Colombie dans le monde :

 

  • développer un agenda interne pour la compétitivité
  • mettre en oeuvre un programme de revenu agricole sécuritaire
  • réduire les coûts de productions des produits agricoles
  • construire des infrastructures pour le développement

(...) pour parvenir à ces objectifs, il faut dépasser les limites que le marché local a imposé à la modernisation et à une forte croissance economique soutenue, il faut donc apronfondir un modèle de dévelopement tourné vers l'extérieur. (...) Le pays reconnaît l'importance de maintenir une macroéconomie saine comme prémisse à tout développement économique réussi. (...) La Colombie est donc consciente qu'elle doit se préparer à une ouverture maximale de son marché pour exploiter au maximum les opportunités qui s'offfrent et relativiser les difficultés que tout processus de transition economique genère. Il faut creerl es conditions de compétitivité nationale et locale qui attireront les investissements privés. (...) En milieu rural, il faudra promouvoir l'iniciative entrepreneuriale mettant en oeuvre des activités à forte valeur ajoutée (agro-industrie et tourisme ) (...) et en finir avec les usages improductifs de la terre"

 

C'est donc en toute logique le développement d'un modèle ultranéoliberal imposé à l'aide de l'armée, en baissant les coûts de production, modernisant les moyens de production, ce qui mènera à un plus grand respect des droits humains (puisque comme l'affirme le programme, des ateliers sur les droits humains seront donnés aux forces armées). Le plus beau c'est qu'on dirait qu'ils finissent par croire leur baratin. Tout comme les politiques du FMI et de la Banque mondiale prétendent maintenir la paix dans le monde.

 

Sur le terrain...

Sur le terrain, le plan s'applique déjà, dans les municipalités du département du Choco entourant les Zones Humanitaires que nous accompagnons, une partie importante de la population est sollicitée pour devenir membre d'un quelconque programme étatique, les “familles gardes forestières”, les “familles en action”, les programmes de réparation (on vous donne 5 à 7 millions de pesos pour le membre de votre famille qui a été tué et taisez vous). Sans parler des programmes de retour à la terre organisés avec accompagnement des forces armées et projets productifs clés en main. Bref, c'est la paix et tout semble pour le mieux dans le meilleur des mondes à en croire le gouvernement. Tous ces programmes sociaux sont mis en oeuvre par une instution étatique nommée Action sociale en partie financée par le Fond de réparation aux victimes, fond constitué des " donations " des paramilitaires supposément démobilisés. Il s'agit là d'une farce de plus dans le procesus d'impunité qui est en marche depuis 2005 avec la loi 975 dite de justice et paix.

 

Regardons de plus proche : Si Mr U tue le fils et vole la vache de Mr C. Mr C n'est pas content, il réclame sa vache et justice pour son fils tous les jours à Mr U. Mr U après quelques années alors tanné et craignant de perdre son butin décide qu'à chaque fois que Mr C réclamera sa vache, il lui offrira un verre de lait. Au début, Mr C refuse, puis ayant tout de même besoin du lait pour ses autres enfants toujours vivants accepte le verre mais réclame toujours sa vache. Lorsque Mr U fournit un verre de lait quotidien depuis plusieurs mois, il dit à Mr C que s'il continue de réclamer sa vache, il n'aura plus son verre de lait. Mr C de crainte de perdre le verre de lait quotidien finira résigné par renoncer à sa vache et à la justice en la mémoire de son fils mort... C'est exactement ce qui arrive en ce moment, de nombreuses familles par désespoir, résignation ou manque d'information acceptent le verre de lait de la main ensanglantée de l'assassin, au nom de la paix et du développement .

 

Comme l'affirment plusieurs familles des communautés en résistance, avant que l'Etat ne les massacre et les vole, elles n'avaient besoin de l'aide de personne pour vivre bien, l'agriculture vivrière nourrissait amplement la famille, les surplus de plantain, riz, yuca étaient vendus à bon prix pour acheter ce qu'elles ne produisaient pas.

Les grosses organisations gouvernementale de l'Union europeenne s'y mettent aussi, proposant des programmes productifs de fruits de la passions et piment doux avec un prêt de 1000 USD par hectare et en garantissant les ventes à des partenaires de France, de Hollande et d'Espagne (garantie puisque que les produits sont obligatoirement vendus à eux pour rembourser le prêt dont la moitié sert d'ailleurs à leur acheter les graines et les produits agricoles nécessaires... non, non, il n'y a pas de piège voyons vous voyez le mal partout! ). Réagissant à cette propositions aléchante, 10 000USD pour 10 hectares de travail, que venait d'accepter un voisin, un membre de la communaute de Buena vista dans le Curvarado disait:

 

" C'est de l'argent c'est sûr, avant noël ça ferait du bien mais qu'est-ce que je fais si leurs graines, elles ne poussent pas, qu'une maladie ravage la culture. Pis mettons que je sème leur truc-là, moi j'ai jamais fait pousser ça, alors ils vont venir me dire comment travailler. Non moi de toute facon, je ne suis le travailleur de personne, je vais travailler le jour que ca me tente, le nombre d'hectares que je veux, pis si je perd une récolte ben c'est notre problème à moi et ma famille. Non moi ces histoires-là j'en veux pas y’a personne qui va venir me dire comment travailler "

 

Plus ca change, plus c'est pareil

Au Bajo Atrato, la situation de la terre semble juridiquement presque résolue, en effet une résolution(No 2424) du 10 septembre de l'Institut colombien du dévelopement rural reconnait que les communautés sont légalement propriétaires de 42.792 hectares et 9.880 mètres carrés dont plus de 5000 sont illégalement exploités par les entreprises de palme et des occupants exploitant le bois. Plusieurs stratégies s'opposent cependant à la récuperation effective. En effet, à l'aide des programmes sociaux de retour, l‘État semble essayer de rendre la terre à des déplacés qui vivent depuis 12 ans en ville et qui ont acceptés de négocier avec les entreprises de palme. Dans le même temps, les menaces d'attaque de la part des pas si nouvelles structures paramilitaires autonomées Aigles noirs se font de plus en plus fréquentes, les communauts sont donc toujours dans la même position: accepter les propositions désavantageuses du gouvernemnt ou s'exposer à de nouvelles périodes de violence. Comme le disent plusieurs membres des communautés qui résistent depuis plus de 12 ans, " nous ne nous deplacerons plus s'il faut mourrir ici , ici nous mourerons " . Cependant la stratégie actuelle est d'autant plus douloureuse que ce n'est aujourd’hui plus aux bombes et aux fusils qu'il faut s'affronter mais à la " trahison " d'anciens voisins, de membres de la famille qui se sont laissés acheter ou simplement se sont résignés à accepter le nouvel ordre régional et par ce fait le nouvel ordre mondial.

 

L'objectif de ce nouvel ordre mondial est clair et implique entre autre d'en finir avec l'économie paysanne, une économie qui ne génère pas de plus value pour les riches de ce monde, et pire encore une économie qui entretient des rapports non salariaux et non contraignants pour des populations qui sont donc autonomes et libres de s'opposer à l'oligarchie. Par sa simple existence, l'économie paysanne autonome représente une menace au capitalisme, puisqu'elle prouve qu'il est inutile et destructeur. Elle prouve que le chemin d'un réel dévelopement durable est en direction opposée des politiques des organisations internationales et de tout les États de ce monde.

 

La pression économique sur les économies locales n'a pas diminué depuis le début des années 1990. Baisse du prix d'achat des produits locaux: maïs, plantin, riz, augmentation des prix des produits à acheter et concurrence déloyale des produits d'importation des États Unis, les récents accords de libre-échange ne sont que la continuité d'une stratégie économique systématique qui dans le monde entier contraint les paysans et paysannes à abandonner leur terre et/ou se rallier au modèle de dévelopement unique. Dans la communauté du Tesoro, vendre les produits traditionnels est presque impossible, le seul produit rentable c'est le bois. Cette forêt tropicale riche en biodiversité il y a dix ans regorgeait de bois fins, de ces bois dont les bourgeois du monde aiment à avoir des meubles pour orner leur nid douillet. S'adonner à ce marché est une contradiction, les communautés en sont conscientes, beaucoup s'y refusent, d'autress s’y adonnent en essayant de s'organiser régionalement pour au moins vendre le bois à un prix convenable. Le mal est évidemment déjà fait au sein des communautés, celui qui expoite le bois a l'argent suffisant pour le dilapider en alcool et en linge à la mode une fois par deux mois après avoir travailler durement. Mais il faut couper plus pour payer les traites de la scie à moteur et donc cultiver moins d'aliments et ensuite il faut acheter les produit que l'on aurait pu cultiver. La spirale est infernale.

 

" Ils attaquent de tous les côtés, cette lutte je ne sais pas si nous la gagnerons, mais il faut continuer ", concluait une afrodescendante du Choco qui lutte depuis plus de 50 ans pour cette terre.

Estrategia de fortalecimiento de la democracia y el desarrollo social (2007-2013)

 

 

Autor: 
PASC

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