Projet Accompagnement Solidarité Colombie

Trois indigènes tués, d'autres en danger

28 Avril 2015

Plusieurs membres de la communauté indigène de Cerro Tijeras, dans le nord du département du Cauca (sud-ouest de la Colombie) ont été tués ou sont peut-être victimes de disparition forcée. De nouvelles menaces de mort visant des populations indigènes de la région ont été signalées.

On ignore où se trouvent Berney Trochez et Wilson Trochez depuis le 14 avril 2015, date à laquelle ils ont été vus pour la dernière fois dans la zone d'Agua Bonita dans la réserve indigène de Cerro Tijeras, à Suárez (département du Cauca). On craint qu'ils soient victimes de disparition forcée. Le 15 avril dernier, des inconnus armés sont entrés de force dans une maison d'Agua Bonita et ont forcé Mario Germán Valencia Vallejo, Belisario Trochez Ordóñez et Cristián David Trochez à monter dans un camion. Les corps de ces trois hommes ont été retrouvés plus tard le même jour dans la zone de Guadalito de la réserve, abattus d'une balle dans la tête. Ces cinq personnes font partie de la même famille.

Ces événements font suite à des menaces de mort que des paramilitaires ont adressées aux habitants de Cerro Tijeras au cours des derniers mois et années. Cette communauté résiste à l'arrivée d'acteurs économiques internationaux, notamment miniers, sur des terres qu'elle affirme posséder. Les populations indigènes nasa organisent des manifestations pour réclamer l'accès à des terrains de la région, dont certains auraient dû leur être accordés à titre de réparation pour les atteintes aux droits humains dont elles ont été victimes au début des années 1990. Le 15 avril, le groupe paramilitaire Colombia sin Guerrilla a envoyé une menace de mort par SMS, dans laquelle il citait plusieurs personnes comme cibles militaires, y compris celles qui ont participé aux manifestations.

COMPLÉMENT D’INFORMATION

Le conflit armé interne qui déchire la Colombie depuis plus de 50 ans oppose les forces de sécurité et les paramilitaires à divers mouvements de guérilla. Malgré les processus de paix en cours, les parties au conflit continuent de se rendre coupables de graves infractions aux termes du droit international. Les populations indigènes sont parmi les plus touchées par ce conflit armé. Selon les chiffres de l’Organisation nationale indigène de Colombie, 10 indigènes ont été tués pour des raisons liées au conflit et au moins 2 819 ont été déplacés de force au cours des neuf premiers mois de 2014. Selon l’Association des indigènes cabildos du nord du Cauca, plus de 600 indigènes ont été victimes d’homicide dans cette région depuis 1999.

Le 16 décembre 1991, 20 Nasa vivant dans la réserve de Huellas, dont des enfants, ont été tués lors d’une opération menée conjointement par les paramilitaires et la police à la ferme El Nilo, à Caloto. Cette affaire a été soumise à la Commission interaméricaine des droits de l'Homme en décembre 1992. À la suite d’un accord conclu entre le gouvernement colombien et la Commission, un comité a été créé pour enquêter sur cette tuerie. En 1996, celui-ci a recommandé à l’État colombien de veiller à ce que les responsables présumés soient traduits en justice et que les familles des victimes reçoivent une réparation. En août 2014, la Cour suprême colombienne a ordonné la réouverture d’une enquête sur un général et un commandant liés à ces événements. Le dossier avait été classé par un tribunal militaire en juillet 1999. En février 2015, ces deux personnes se sont rendues à la police. Le 5 février dernier, le Conseil indigène cabildo de Huellas, la plus haute autorité politique des territoires indigènes, a publié une déclaration dans laquelle il réclamait justice et réparation.

Depuis décembre 2014, les populations indigènes du nord du Cauca occupent des terres pour réclamer réparation, ce qui comprend un accès à des terrains et une indemnisation pour plusieurs tueries, dont celle d'El Nilo. Dans ce contexte, les forces de sécurité sont accusées d'avoir recours à une force excessive face aux manifestations organisées par les indigènes dans la région. Le 10 avril 2015, Guillermo Pavi Ramos, dirigeant indigène, a été abattu à la ferme La Emperatriz, que des manifestants occupent depuis plusieurs semaines, alors qu'il passait à côté de soldats et d'agents de l'escadron mobile antiémeute. Cette unité aurait bloqué la route lorsque plusieurs personnes ont voulu amener cet homme à l'hôpital, retardant ainsi son accès à des soins médicaux. Le 14 avril, 11 membres de la Brigade militaire mobile n° 17 ont été tués dans une attaque menée par des guérilleros des Forces armées révolutionnaires de Colombie, dans la municipalité de Buenos Aires (département du Cauca).

Noms : Berney Trochez, Wilson Trochez, Mario Germán Valencia Vallejo, Belisario Trochez Ordóñez, Cristián David Trochez  et autres membres de communautés indigènes

Actions recommandées

DANS LES APPELS QUE VOUS FEREZ PARVENIR LE PLUS VITE POSSIBLE AUX DESTINATAIRES MENTIONNÉS CI-APRÈS, en espagnol ou dans votre propre langue :

    exprimez votre inquiétude quant à la sécurité des membres de la communauté de Cerro Tijeras et d'autres populations indigènes dans le nord du département du Cauca, et exhortez les autorités à assurer leur protection, dans le respect total de leurs souhaits ;
    appelez-les à diligenter une enquête minutieuse et impartiale pour déterminer où se trouvent Berney Trochez et Wilson Trochez et à prendre des mesures pour garantir leur sécurité, à rendre les conclusions publiques et, s'il s'agit bien d'une disparition forcée, à traduire les responsables présumés en justice ;
    engagez-les à diligenter une enquête minutieuse et impartiale sur la mort de Mario Germán Valencia Vallejo, Belisario Trochez Ordóñez et Cristián David Trochez, ainsi que sur les menaces de mort adressées aux populations indigènes de la région, à rendre les conclusions publiques et à traduire les responsables présumés en justice ;
    exhortez-les à prendre des mesures immédiates pour démanteler les groupes paramilitaires et rompre leurs liens avec les forces de sécurité, conformément à l'engagement du gouvernement et aux recommandations des Nations unies et d’autres organisations intergouvernementales.

Auteur: 
Amnesty