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Quand un ex-ministre des affaires étrangères se met au service de Barrick Gold

4 Mai 2015

Ça aurait pu être une surprise, mais les portes tournantes entre ministères et compagnies du secteur énergétique sont maintenant confirmées: John Baird, ancien ministre des affaires étrangères du cabinet conservateur, vient d’être engagé comme conseiller à la stratégie géopolitique pour la multinationale Barrick Gold, une des entreprises minières les plus puissantes économiquement et les plus critiquées du monde.

La position de Baird en tant que Conseiller de Barrick Gold est un outil stratégique dans la mesure où l’ex-ministre a des contacts au gouvernement et a un nom qui ouvre des portes partout au Canada et à l’étranger. On peut par ailleurs se demander si ces nominations ne sont pas une forme de récompense pour les décisions prises lorsqu’il était ministre. Quoi qu’il en soit, cela ne fait qu'illustrer la collusion qui existe entre les entreprises privées et le gouvernement.

Notons aussi que quelques jours plus tard, il était rapporté que Baird était nommé au conseil d’administration de la compagnie de chemin de fer Canadien Pacific où il touchera un salaire annuel de 235 000 $ par année. La question se pose : comment se fait-il qu’un ministre puisse quitter son poste et se retrouver conseiller ou membre du conseil d’administration d’une grande entreprise deux semaines après sa démission, suggérant qu’il aurait négocié avec ces entreprises alors qu’il était encore ministre?

Une entreprise ayant passé par le banc des accusés

Rappelons que la réputation de Barrick Gold est entachée de nombreuses critiques et dénonciations de violations de droits humains dans de nombreux pays à travers le monde. En Papouasie-Nouvelle-Guinée, Barrick est accusée d’exploiter les ressources situées sur des terres ancestrales et sans le consentement des populations. Les opposants au projet se sont vus menacés et les manifestations dénonçant la compagnie se sont terminées en vagues de répression. Les forces publiques sont allées jusqu’à brûler des maisons qui se situaient à proximité de la mine exploitée par Barrick.

En 2011, la compagnie a poursuivi les auteurs du livre Noir Canada : Pillage, Corruption et criminalité en Afrique, censurant cet ouvrage qui dénonçait les liens entre Barrick Gold et l’assassinat d’individus en Tanzanie. Cette poursuite-bâillon fait également partie d’une stratégie de judiciarisation déployée par l’entreprise dans l’objectif de faire taire ceux qui s’opposent à ses projets.

L'été dernier, Barrick Gold a été accusée par la séance canadienne du Tribunal Permanent des Peuples sur l’industrie minière canadienne en Amérique latine. Le tribunal a dénoncé les dommages environnementaux causés par l’entreprise dans la vallée du Huasco au Chili dans son projet de mine Pascua Lama où l’exploitation des ressources par une filiale de Barrick Gold, a engendré la diminution et la contamination des sources d’eau dans la région, notamment de glaciers sur lesquels se situait la mine.

Une politique canadienne sans équivoque, un lobby puissant

Grâce aux nombreuses possibilités offertes aux multinationales de l’industrie extractive, le pays accueille maintenant les sièges sociaux de près de 75% des entreprises minières mondiales. C’est ainsi que le Canada s’est vu affublé de divers surnoms qui révèlent ses liens avec l’industrie: minéro-état, paradis fiscal et paradis judiciaire.
L'appui direct aux entreprises du secteur extractif, par le financement direct ou indirect et le lobby politique via ses ambassades, est un élément central de la diplomatie canadienne. De cette manière, le Canada finance et soutient des entreprises dont les violations de droits humains ont été clairement démontrées et dénoncées, comme dans le cas de Barrick Gold au Chili ou en Papouasie-Nouvelle-Guinée.

Par exemple, l’entreprise Barrick Gold, sous couvert de responsabilité sociale, a reçu du financement de la part de l’ancienne Agence de développement international (ACDI) pour des projets conjoints avec l’ONG Vision Mondiale dans des pays en Amérique latine et en Afrique. Ces projets ont ainsi permis de bonifier l’image de l’entreprise et de gagner en capital de sympathie afin d'extraire les ressources nationales et de satisfaire ses intérêts économiques. Stephen Brown, professeur à l’Université d’Ottawa et témoin lors du Tribunal Permanent des Peuples note « qu’il s’agit d’une utilisation inappropriée, voire illégale, des fonds publics attribués au développement international qui ne respecte pas la Loi sur la responsabilité en matière d’aide au développement officielle (2008) ».

Mettre fin au copinage du gouvernement avec l’industrie

La nomination d’un ancien ministre au sein d’une entreprise minière qui a été accusée de ne pas respecter les normes de droit international n’est pas étonnante, mais vient plutôt confirmer les inquiétudes de nombreuses organisations sociales canadiennes.

Ceux qui écoperont des pratiques de copinage qu’illustrent les récentes nominations de l’ex-ministre Baird seront bien sûr la démocratie, le bien commun et les populations locales, dont celles affectées par les projets de Barrick Gold. Il est grand temps que cesse cette culture des portes tournantes entre le gouvernement et l’industrie et il incombe aux gouvernements eux-mêmes d’y mettre un terme.

Par ailleurs, il nous apparaît pertinent de rappeler au gouvernement canadien les différentes recommandations qui ont été émises par le jury du Tribunal Permanent des Peuples à son attention, soit la mise en place de mesures (législatives entre autres) visant à assurer le respect des droits humains par ses institutions politiques et financières, ainsi que ses entreprises en sols canadien et étrangers.

Auteur: 
PASC

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