Projet Accompagnement Solidarité Colombie

Les mouvements sociaux colombiens convergent à Bogotá pour construire des luttes communes

14 Novembre 2018

L’Assemblée législative populaire et des peuples s’est ouverte mardi 9 octobre dernier dans la capitale colombienne pour la construction d’une lutte commune.

Le 9 octobre 2018, plus de 1 500 personnes se sont réunies à l’école Claretiano de Bosa, au sud de Bogota, en Colombie, afin de débuter l’Assemblée législative populaire et des peuples. Cette assemblée est un espace qui cherche à construire une proposition d'unité des mouvements sociaux colombiens, un agenda de mobilisation contre les politiques du gouvernement actuel et un mandat populaire qui synthétise les revendications des luttes territoriales. Cet événement culmina jusqu'au 12 octobre.

La manifestation a débuté par une mobilisation des gardes communautaires paysannes, autochtones et afro/descendantes. “Fuerza, fuerza” [force, force] ont scandé les hommes et les femmes qui ont garanti la sécurité et le bon développement de cet événement. Un rituel d'harmonisation a également été organisé par le peuple autochtone Muisca, originaire du territoire de Bakatá (où se trouve Bogotá), auquel s'est joint la communauté autochtone Wayuu. D'autres actes de mystica  (NDT : moment partagé en hommage à la mémoire collective et aux territoires, par l'acte, le chant et autres formes d'expression) ont également eut lieu, ceux-ci en l'occurrence, faisant références aux quatre éléments: la terre, l'eau, le feu et le vent, tandis que les habitantEs de toutes les régions du pays déposaient au sol leur nourriture pour y laisser découvrir une forme de mandala.

Au cours de cet événement, les organisations sociales ont fait l'examen des défis au sein des différents secteurs de la population; ils ont discuté de la dynamique de l'industrie extractive qui menace directement la vie au sein des territoires, des initiatives de construction de la paix et ont cherché à élaborer un programme commun de mobilisation qui répond aux besoins des communautés sur leurs territoires. La question de la participation aux prochaines élections allait également être abordée.

Un large éventail d'organisations sociales, de droits humains, de femmes, d'autochtones, de communautés noires, de mouvements urbains et étudiants, organisations et plates-formes colombiennes participèrent à cette assemblée. Les organisations et les militantEs colombienNEs ont été accompagnéEs par des internationalistes issus des mouvements populaires de différents pays tels que le Mexique, le Brésil, l’Équateur, le Venezuela, l’Espagne, l’Allemagne, la Palestine, le Guatemala, entre autres.

Ismael Lopez, représentant du Comité d'intégration sociale de Catatumbo (CISCA), expliquant l'importance de la participation à ce grand événement : «La participation à cette assemblée est d'une importance vitale à notre processus dans la mesure où elle permet un contexte de convergence et de rencontres avec d’autres processus, d’autres personnes et d’autres régions afin d’être en mesure d’analyser le contexte actuel auquel nous sommes confrontés avec ce nouveau gouvernement et les grands défis qu’il nous pose pour les régions et la défense de notre territoire.»

Ediver Suárez, membre de la CISCA et de la CNA, explique: « Cette assemblée est une initiative du mouvement social en général et elle est très importante car elle poursuivra des objectifs visant à l'unité stratégique de l'action politique de la base et des territoires. Il définira également un agenda politique pour l'autonomie, ainsi qu'un agenda pour la mobilisation. Cela permettra également de définir et d’établir la relation que nous devons avoir avec les institutions et avec ce nouveau gouvernement. »

Jimmy Moreno, porte-parole national du Congrès des Peuples (Congreso de los Pueblos), l’un des principaux promoteurs de l’Assemblée, a commenté d’autres objectifs. Outre les questions mentionnées, la réunion a traité et continuera de le faire également de l’application des accords de paix signés à La Havane, du processus actuel du gouvernement avec l’Armée de libération nationale (ELN) et de la situation préoccupante concernant les assassinats de dirigeants sociaux à travers le pays.

Les participant.es ont également tenu à souligner les assassinats de plus de 430 dirigeantEs sociauxLES au cours des 32 derniers mois, principalement par des forces paramilitaires opérant sur tout le territoire. En outre, le président Ivan Duque s'est retiré des pourparlers avec l'ELN même après la libération de six personnes en captivité et l'acceptation de négocier un cesser-le-feu, comme le demande le gouvernement pour évaluer le déroulement des négociations de paix et leurs poursuite.

Les paysanNes assistèrent à plusieurs mobilisations sociales cette semaine-là. Mercredi 10 octobre, les mouvements étudiants sont descendus dans les rues pour la grande marche de la défense de l’éducation publique. Vendredi 12 octobre, plusieurs manifestations au niveau local, régional et national sont organisées.

Les organisations participantes sont: le Coordonnateur agricole national (CNA), l’Organisation nationale autochtone de Colombie (ONIC), le Congreso de los Pueblos [Congrès du peuple], le Processus des communautés noires (PCN), Sommet ethnique, paysans et populaire, le Redepaz, l'Union centrale des travailleurs (CUT), la Juntanza de Mujeres [Assemblée des femmes], les Ciudades en Movimiento [Villes en mouvement], l'Association nationale des zones de réserves paysannes (ANZORC), l'Association des Cabildos Indigènes du Cauca Nord (ACIN), des mouvements internationaux et des représentants de mouvements politiques tels que la Force révolutionnaire alternative commune (FARC), Colombia Humana, le pôle démocratique alternatif, Marcha Patriótica [Marche patriotique] et Coordinadora Socialista [coordinateur socialiste]. Ces organisations se sont réunies pour élaborer un programme commun visant à faire converger les luttes de divers secteurs et à régler les différends qui fragmentent la société colombienne et les mouvements sociaux.

 

Traduit de : https://peoplesdispatch.org/2018/11/13/colombian-students-remain-defiant-despite-massive-repression-against-november-8-march/

Auteur: 
People's Dispatch