Projet Accompagnement Solidarité Colombie

Les mobilisations se poursuivent contre l'entreprise canadienne Frontera Energy

8 Mars 2018

La communauté de San Luis de Palenque, département du Casanare, Colombie, est, depuis janvier, en mobilisation pacifique permanente face aux activités de la compagnie Frontera Energy dans cette région. La mobilisation a fait face à des
attaques de l'ESMAD (anti-émeute).

Frontera Energy opère le bloc pétrolier Cubiro (licence 2147, décembre 2005, avec juridiction sur les communes de Merey et Plataneras). Plusieurs journées
de mobilisation ont été menées par la communauté pour que cette entreprise réponde à ses demandes et maintienne ses engagements.

Voici la liste de demandes adoptées le 2 août 2017 devant les entités pertinentes :

1. Adaptation et réparation de la route de Merey à Pantanales, ainsi que leurs
branchements, avec les œuvres d'art qui y étaient.

2. Poursuite du pavement de la route Merey.

3. Augmentation des salaires de la main d'oeuvre de Frontera Energy.

4. Assigner des gardes de sécurité, gardes de l'environnement et des contrôle des routes, là où les routes sont plus étroites, dans les centres peuplés, les ponts ne pouvant pas soutenir plus d'un véhicule, dans les endroits suivants : Z2, Z3 et où l'entreprise développe ses travaux.

5. Réparer les dommages et préjudices causés aux fournisseurs locaux.

6. Appliquer un tarif de prix par véhicule pour les services spéciaux, le transport de fluides internes, les camions et transporteurs d'hydrocarbures.

7. Reforestation pour compenser les changements à la biodiversité végétale.

8. Fournir des biens et services (Frontera Energy).

9. Établissement d'un plan d'action concernant les impacts socioculturels.

10. Investissements sociaux.

11. Créer une table de discussion pour parler des problématiques au niveau des droits humains, du travail, des biens et services, et de l'investissement social et environnemental


12. Remplir les exigences des accords de la table de concertation de
mai 2012 entre la communauté, le bloc Cubiro et l'entreprise Petromagdalena



Le 31 janvier, la communauté est arrivée à un accord avec la compagnie, dans lequel elle s'engageait à ne plus transporter d'hydrocarbures jusqu'à ce que soient résolus les cinq points de dialogue afin de solutionner cette problématique, selon Ferney Salcedo, porte-parole de la communauté.



Parmi les points qui se travaillent durant cette table, on retrouve entre autres, la dette concernant les biens et services, depuis 2014, les conditions de travail, le respect de l'environnement, des droits humains et les investissements sociaux, selon le porte-parole Salcedo. Toutes les tables de travail sont actives à l'exception de celle sur l'environnement, puisque des entités comme la ANLA (Agence nationale de licences environnementales) et la Corporinoquia (une corporation qui applique des politiques environnementales de la région d'Orinoquia*), ne s'y sont pas présentées.



Dans les derniers jours, malgré les accords, la compagnie a surpris la communauté en faisant pénétrer 15 camions de transport escortés par la police et l'armée, afin de poursuivre les activités extractives. Ceci démontre une fois de plus la complicité des forces de l'ordre avec cette entreprise dans la répression de la communauté.


Comme il n'est pas inhabituel, l'ESMAD a attaqué les habitant.es qui avaient rétorqué en voyant les véhicules de l'entreprise et l'utilisation de l'ESMAD pour leur sécurité. Par les agressions des forces publiques envers les habitant.es, les véhicules ont réussi à passer par la force, pour continuer les activités de l'entreprise.

La compagnie s'est donnée comme mission de diviser la communauté, poussant à ce que certains secteurs de la population ne reconnaissent plus les porte-paroles nommés par les personnes de la zone, et imposant comme interlocuteurs des personnes avec qui la compagnie a fait des accords particuliers pour que les mobilisations cessent.

Malgré ces divisions, la communauté maintient ses exigences. En premier lieu, la communauté demande le respect d'une entente établie en 2012 par laquelle la compagnie s'était engagée à investir 2.500 millions de pesos pour le pavage de la voie tertiaire de la commune El Merey jusqu'au bloc Cubiro (le passage
des camions défonçant la route*). La communauté attend toujours les dates
auxquelles commenceront les travaux...

D'autre part, les résident.es demandent que soit payée la totalité de la dette pour les biens et services, tels que l'hébergement et la nourriture. C'est non négociable pour la communauté. La compagnie propose de ne payer que la moitié. Cette proposition a été rejetée par la communauté, ce qui a causé des problèmes sur les tables de négociation...

Une autre des demandes est qu'il n'y ait pas de poursuites judiciaires contre les porte-paroles et les leaders de la mobilisation après la conciliation. Frontera affirme au contraire que, dû aux pertes générées en raison des manifestations, des poursuites seront déposées.

Face à cette situation, la communauté affirme qu'une fois de plus, il est démontré, qu'en Colombie, les droits des multinationales prévalent, indépendamment des conséquences sur les communautés... Celles-ci se
voient contraintes de protester par des actions directes, qui seront par
la suite criminalisées malgré que la constitution politique en fasse un
droit...

La communauté de San Luis de Palenque appelle les autorités, en premier
lieu l'Agence nationale des hydrocarbures, à être présentes pour aider à résoudre les conflits qui continuent à affecter les habitant.es de la région.



* note des traductrices

Auteur: 
PASC