Aller au contenu principal
26/11/2011

Suite à de récentes mobilisations contre la compagnie minière canadienne Gran Colombia Gold et à des affrontements entre des résidents et la police dans l’état de Nariño en Colombie, le gouverneur de l’état à signé une lettre ouverte le 23 novembre dernier, déclarant son opposition à l’exploitation de mines à ciel ouvert sur des terres actuellement cultivées par des campesinos (petits paysans).

Pendant les 11 derniers mois, les habitants ruraux des municipalités d’Arboleda Berruecos et de San Lorenzo, dans le département de Nariño, se sont mobilisés, ont organisé des conférences et ont publié des reportages ainsi que des communiqués de presse afin de dénoncer les activités d’exploration minière dans la région. Les résidents locaux ont aussi eu à affronter la police et les travailleurs de la mine. Selon le Comité d’Integración del Macizo Colombiano (CIMA), parmi ceux s’opposant au projet minier, certains ont même reçu des menaces de mort.

Ces événements ont mené le gouverneur de Nariño, Antonio Navarro Wolff, et le maire de la municipalité d’Arboleda Berruecos, Ciro Rafaek Delgado, à signer une lettre ouverte exprimant leur opposition aux mines à ciel ouvert sur les terres des campesinos. Dans cette lettre, ils ont fait appel au gouvernement national afin qu’il révise l’actuelle politique minière qui s’applique au département. Ils ont aussi annoncé qu’ils tiendraient un forum public sur l’exploitation minière le 5 décembre, dans la ville de Pasto.

« Avec la conviction et la détermination de défendre leur terre et la ferme croyance que l’exploitation minière à grande échelle n’amènera que misère et pauvreté à leur communauté. » Ces mots de Luz Mila Ruano, coordonateur minier du CIMA, se réfèrent à comment les hommes et les femmes des municipalités concernées se sont mobilisés contre un éventuel projet minier sur leurs terres.

Ruano note aussi que depuis l’arrivée de la compagnie minière, la vie dans la région a dramatiquement changé. Ce qui était auparavant une communauté unie et paisible est maintenant devenu un endroit de peur et d’anxiété. Les habitants ont subi de l’intimidation des travailleurs de la mine, des affrontements à l’intérieur même de la communauté ainsi que des détériorations de l’environnement dues au processus d’exploration. Aussi, leur eau potable publique est maintenant utilisée en grande partie par la compagnie minière.


Contexte

L’histoire a commencé avec l’arrivée de la minière canadienne multinationale Gran Colombia Gold dans les municipalités d’Arboleda Berruecos et de San Lorenzo dans le nord de Nariño. Après deux années d’étude, la compagnie a installé cinq camps dans la région en janvier 2011 et a commencé l’exploration de minéraux, principalement de l’or.

Selon les rapports des compagnies minières, si une mine est éventuellement établie, 2,5 tonnes de terre et de roche devront être retirées et traitées au cyanure afin d’obtenir un gramme d’or. Ils assurent au public que le cyanure est toutefois moins polluant que son alternative, le mercure.

Étant donné les préoccupations environnementales et sanitaires et l’apparente indifférence du gouvernement du département, des individus et des organisations de campesinos ont commencé à se mobiliser afin de défendre leurs terres. Leur premier travail a été l’organisation de forums miniers régionaux, en commençant par les régions touchées par le projet minier Mazamorras Gold Project – nom donné à 5 979 hectares de terres cultivables concédées à la compagnie pour ses activités d’exploration minière. Ces forums en ont inspiré d’autres dans les municipalités de Guavachavés, Samaniego, Ricaurte, La Florida, Pasto, Colón Génova et Sotomayor –toutes des régions dans lesquelles l’Institut Colombien pour la Géologie et l’Exploration Minière (INGEOMINAS) a obtenu des concessions pour l’exploration minière.

Suite à ces forums régionaux, le CIMA et d’autres groupes ont organisé un forum pan-départemental le 20 juillet 2011 dans la ville de Pasto. Les 800 participants venant de partout dans l’état de Nariño ont produit une série de mandats : d’abord, ils ont demandé que le gouvernement fédéral suspende les activités minières à ciel ouvert et à grande échelle. Ils ont aussi dénoncé la pollution causée par les compagnies minières et leur utilisation des sources d’eau potable publiques. Ils ont demandé que les droits humains des communautés à l’intérieur et autour des concessions minières soient protégés, particulièrement le droit des campesinos d’utiliser leurs terres pour l’agriculture. La déclaration finale du forum a aussi appelé le gouvernement colombien à ne pas criminaliser les activités minières à petite échelle et à fournir du support technique aux mineurs locaux afin de réduire les impacts environnementaux de leur travail ; lequel est déjà beaucoup plus petit que celui de projets à grande échelle comme les mines à ciel ouvert.


Menaces et Mobilisations

Deux participants au forum du 20 juillet 2011 se sont avérés être des espions des membres des Forces Armées Colombiennes. Le forum a marqué le début d’une série de menaces visant les leaders du mouvement opposé à l’exploration minière.

Malgré les menaces, des résidents locaux ont commencé à communiquer les mandats élaborés dans le forum minier. Le 20 août 2011, les habitants d’Arboleda Berruecos ont débuté une campagne pour mettre fin aux activités d’exploration minière de la Gran Colombia Gold. Ils ont organisé une marche, qui a commencé dans la ville d’Olaya –dans laquelle un des principaux camps d’exploration minière est situé- et qui s’est terminée aux bureaux municipaux devant la place publique. Là-bas, les manifestants ont dénoncé les impacts négatifs de l’exploration minière dans la région, ainsi que l'augmentation du conflit et des violations des droits humains depuis l’arrivée de la compagnie. Après la marche, les manifestants ont été appelés à une audience par le conseil municipal, le maire Ciro Rafael Delgado et par l’employé Hugo Moncavo Hermosa –faisant tous partie de ceux qui avaient donné leur accord à la tenue d’un forum minier public avec tous les acteurs impliqués, incluant la compagnie.

Malgré cela, les travailleurs miniers ont continué d’harceler les résidents locaux. Le 9 octobre 2011, la communauté a de nouveau affronté les travailleurs en mettant le feu à leur campement. Reconnaissant la crise grandissante, le Commissaire de la Paix de Nariño, le sous-secrétaire pour l’exploration minière du gouvernement du département, ainsi que des employés des municipalités d’Arboleda et de San Lorenzo, accompagnés des commandants opérationnels de la police nationale de Nariño, ont accepté d’agir à titre de modérateurs entre les opposants au projet et la compagnie. Ils en sont finalement parvenu à une entente qui appelait à un moratoire sur toutes les activités minières de la région jusqu’à ce que le gouverneur Antonio Navarro Wolff tienne un forum minier public impliquant tous les acteurs. Toutefois, lorsque le temps a été venu de signer l’entente, le représentant de la compagnie a refusé, alléguant qu’il avait reçu de la pression de la communauté pendant les négociations et qu’en conséquence, le gouvernement fédéral ne l’autorisait pas à faire de même.

Suite à ce refus de l’exploration minière par le public, et en particulier au projet minier de la Gran Colombia Gold, le Mazamorras Gold Project, de nouvelles menaces ont été faites envers les membres les plus visibles de l’opposition. Deux habitants de la région ont reçu des intimidations par téléphone et ont affirmé avoir aussi reçu des menaces en personne de l’ancien capitaine de l’armée, Nelson Cubides, qui dirige actuellement la sécurité privée de la compagnie minière. À cause de cela, ces deux résidents craignent alors pour leur vie et tiennent pour responsable la multinationale canadienne Gran Colombia Gold.

Le 20 novembre 2011, des campesinos de la région ont réalisé que les employés de la compagnie minière continuaient de travailler, malgré l’entente du 11 octobre dans laquelle la compagnie s’engageait à suspendre toute activité d’exploration jusqu’à ce qu’un forum minier ait eu lieu. Le jour suivant, 30 résidents locaux ont approché les travailleurs de la mine afin de tenter de leur parler et de les informer de cette entente. Cependant, à la vue des campesinos qui s’approchaient, les travailleurs sont partis. Tout de suite après leur départ, un escadron de la ESMAD (police anti-émeute) a ouvert le feu,tirant en l'air, a détenu Dorita Rivera et a blessé son mari, Leonel Grijalva.

Ces événements ont incité le comité des droits humains du CIMA à émettre une déclaration publique, en tenant le gouverneur de Nariño responsable des violations systématiques des droits des communautés des campesinos d’Arboleda et de San Lorenzo et en l’accusant de garder le silence et de ne pas avoir la volonté de convoquer le forum minier de l’entente d’octobre 2011. Deux jours plus tard, le gouverneur de Nariño et le maire d’Arboleda Berruecos signaient une lettre ouverte annonçant que le forum minier aurait lieu le 5 décembre 2011.


Mise à jour (du PASC)

Le vendredi 3 décembre 2011, le gouverneur de Nariño a annulé le forum minier qui devait avoir lieu le 5 décembre. En réponse à sa décision, des résidents d’Arboleda et de San Lorenzo se sont rendus au bureau du gouverneur à Pasto, la capitale du département (à environ 2 ou 3 heures de route de leur communauté). Environ 100 personnes se sont rassemblées dans les marches de l’édifice du gouvernement du département afin de dénoncer les activités d’exploration minière de la Gran Colombia Gold et d’appeler le gouverneur à défendre les terres des campesinos de l’exploration minière à grande échelle. Ils ont crié des slogans, ont brandi des pancartes et ont émis une liste d’accusations contre la compagnie minière canadienne Gran Colombia Gold.

Auteur.trice
Comité de Integración del Macizo Colombiano - CIMA