Projet Accompagnement Solidarité Colombie

L'humanitaire s'est concrétisé, le mensonge officiel a été dévoilé

11 Février 2009

L'échange épistolaire entre le mouvement des Colombiennes et Colombiens pour la Paix et les FARC a atteint son objectif initial, la libération de 6 personnes prisonnières, 2 civils et 4 combattants.

De dimanche dernier à ce jour, le processus de libération s'est déroulé au milieu de nombreux obstacles : le sabotage militaire aérien, par le survol et en suivant les hélicoptères du Brésil, a mis en difficulté la mission humanitaire ; les bombardements ont mis en danger la vie d'Alan Jara ; le désaveu d'Uribe quant à la conduite des opérations par Piedad Cordoba a été sur le point d'en terminer avec toute possibilité de concrétiser la libération des politiques ; et d'autres difficultés comme le fait d'exclure comme garants Daniel Samper Pizano et le journaliste Jorge Botero, l'empêchement à la participation d'humanitaires, et le contrôle de l'information, sur les journalistes et sur les personnes libérées.

Malgré toute cette série d'obstacles, qui reflètent ce que l'on rencontre habituellement dans l'application de la politique de "sécurité démocratique" (le mensonge, le jeu sur les mots, la culpabilisation de l'autre), la créativité humaniste exprimée par l'échange épistolaire est porteuse d'apprentissages en même temps qu'elle comporte des avancées vers un Accord Humanitaire ou pour l'échange de combattants.

La reconnaissance de l'existence d'un conflit armé

Si on lit les contenus des lettres de la correspondance pratiquée par Combiennes et Colombiens pour la Paix, ils découlent d'une réalité, l'existence d'une confrontation armée basée sur des raisons sociopolitiques et économiques, causes qu'il faut aborder. Une telle reconnaissance du conflit armé rend possible la reconnaissance de l'autre comme contradicteur, en situation de soulèvement armé, à partir de quoi se conçoit une sorte de droit à la guerre. Une telle constatation ouvre la possibilité de discussions sur le Droit dans la guerre. Sur les limites du droit à la guerre ou sur la nécessité de la politisation, régulation, réglementation et humanisation de celle-ci.

La reconnaissance de l'autre comme rebelle

S'il existe bien un questionnement, ou un refus de la rétention ou de la séquestration comme pratique politique et d'extorsion, la définition de l'interlocuteur comme un sujet politique et non seulement militaire rend possible le dialogue, dans ce cas, à travers l'échange épistolaire. La reconnaissance de l'interlocuteur comme rebelle a ouvert la possibilité d'aborder les raisons, les motivations et les causes de ce soulèvement, et a permis de concrétiser, à partir de cette perspective, des sorties humanitaires. Et la reconnaissance de cette condition est fondamentale pour de possibles issues politiques du conflit social, politique et armé.

La reconnaissance de la pluralité de l'information

Les prétentions à censurer et à présenter une version officielle de la réalité en contrôlant l'expression des victimes et de Piedad Cordoba n'ont pas réussi. La reproduction des narrations propres à la "sécurité démocratique" a fait long feu sous la pression sociale qui voulait savoir, qui voulait écouter les personnes libérées, mais surtout, à cause de la portée humanitaire de l'objectif atteint par Colombiennes et Colombiens pour la Paix.

La justification des opérations militaires menées contre ce qui était convenu avec les humanitaires a amené de nouveau le gouvernement à mentir contre toute évidence. Sa parole s'est clairement posée comme mensonge. Le droit à informer s'est converti en délit, ce qui a dérivé dans les signalements, la persécution judiciaire et les menaces qui pèsent aujourd'hui sur Hollman Morris et Jorge E. Botero. La censure de l'information s'est déchaînée sous la pression des événements. Le refus de reconnaître la liberté d'expression et le droit à l'information est partie intégrante de l'idée unanimiste institutionnelle, et il a été brisé par le sens humanitaire de l'initiative. Voir http://www.caracoltv.com/elradar.

Toute possibilité de solution humanitaire et de sortie négociée passe par le plein exercice de la libre expression des victimes et des multiples voix et expressions de l'information.

La reconnaissance de la critique

La guérilla des FARC est parvenue à écouter à travers le dialogue épistolaire les positions et analyses de secteurs de la société colombienne, attitude différente des secteurs gouvernementaux pour lesquels celui qui ne cadre pas avec ses canons est perçu comme FARC. Il reste tout un chemin à parcourir, mais aujourd'hui personne ne peut nier les résultats de l'initiative conduite par Piedad Cordoba. Proposition qui ne peut s'appuyer sur aucune garantie, mais seulement sur l'obstination, une volonté de fer, la conviction affirmée qu'une autre réalité est possible pour la Colombie, de justice pour la paix.

Initiative que des acteurs humanitaires de différentes latitudes soutiennent, par leur participation directe en faveur de cette Colombie différente, il s'agit ici du groupe des Internationaux pour la Paix en Colombie. Elles et eux, à travers deux communications, ont commencé à être partie prenante de cette initiative et depuis lors réfléchissent à des apports concrets pour ce qui a été aujourd'hui une réussite d'un point de vue humanitaire et pour ce qui se traduit politiquement par la reconnaissance entre les interlocuteurs.
Voir : [http://www.justiciaypazcolombia.com/PRESIDENTE-URIBE-POSIBILITE-LA
->http://www.justiciaypazcolombia.com/PRESIDENTE-URIBE-POSIBILITE-LA]

Tant que "l'establishement" persistera dans sa perception de l'autre comme un "terroriste", méconnaissant son caractère d'acteur politique et tout ce qu'il peut avoir de différent, et recevant toute critique comme partie intégrante de la stratégie des FARC, aucun échange ni aucune discussion ne seront possibles, pas plus que la sortie des problèmes structuraux de cette prétendue démocratie. Prétendre résoudre les problèmes d'exclusion et de misère à travers la militarisation de l'Etat et de la société ne peut aboutir qu'à la prolongation de la souffrance et de l'injustice.

Au bout du compte, que craint Uribe ? La possibilité de nouvelles retrouvailles entre les prisonniers et leurs familles ? Les résultats efficaces des propositions humanitaires qui fendillent sa mentalité, son modèle de sécurité autoritaire ? En quoi cela effraie-t-il Uribe que la guerre et ses causes puissent se résoudre par d'autres moyens ?

Bogota D.C., 5 février 2009

Commission œcuménique de Justice et Paix

Auteur: 
Justicia y Paz

Source: