Projet Accompagnement Solidarité Colombie

Le Mouvement de victimes de crimes d'Etat accuse le président Santos de couvrir le paramilitarisme

28 Mars 2011

DÉCLARATION DU MOVICE,

La réorganisation paramilitaire sous l'euphémisme de "bandes criminelles" Movice annonce des actions contre la dissimulation de la réorganisation paramilitaire

Le mouvement des Victimes de crimes d'Etat se propose de développer une série d'actions pour dénoncer, aussi bien au niveau national qu'international, les actions du gouvernement de Santos pour dissimuler le paramilitarisme dans sa nouvelle étape de réorganisation sous l'appellation euphémisée de "bandes criminelles" (bacrim)

Pendant la rencontre de cette organisation de droits humains qui s'est tenue à Bogota du 10 au 12 mars, les participants ont décidé également de continuer à combattre la néfaste stratégie de "Sécurité démocratique", impulsée sous le manda controversé d' Álvaro Uribe Vélez et qui a pris le nom, sous le gouvernement de Juan Manuel Santos, de "Prospérité démocratique".

A l'issue de la rencontre, le MOVICE a établi la déclaration suivante :

DECLARATION POLITIQUE

Pendant ces journées du 10, 11 et 12 mars 2011, nous nous sommes retrouvés à plus de 300 délégués du MOVICE de tout le territoire colombien en résistance à l'oubli et à l'impunité des crimes de lèse-humanité, frères dans le songe d'une Colombie de Paix et de Justice sociale, convoqués en la mémoire de nos victimes, renforçant notre unité et convoquant d'autres mouvements et secteurs politiques et sociaux.

Nous avons débattu sur la situation actuelle face à la question des Droits humains, de la Loi des Victimes, de la terre, du territoire et du conflit social et armé ainsi que de sa solution politique et négociée :

NOUS CONSTATONS

A propos de la situation des Droits Humains :

- Que, à travers la "politique de sécurité démocratique" sont apparus et continuent à s'observer de graves crimes de lèse-humanité comme la disparition forcée, les exécutions extra-judiciaires, les tortures, les déplacements forcés et la violence sexuelle, entre autres.

- Qu'à travers la persécution réalisée par le DAS se sont mis en place une partie de ces crimes et s'est développée une campagne contre le MOVICE, en particulier lors de la réalisation de sa seconde rencontre nationale, à partir de quoi nous pouvons affirmer que des crimes et des mises en cause judiciaires contre des membres du mouvement ont été conduits sous cette stratégie

- Qu'à travers la mise en place de la Politique de Prospérité Démocratique, la continuation des crimes de lèse-humanité est camouflée derrière l'appellation de "Bandes criminelles – Bacrim", qui est une partie de la réorganisation paramilitaire après la falsification qu'a été le spectacle des démobilisations. Le pouvoir mafieux, politique et des entreprises persiste sous les structures paramilitaires

- Que malgré le changement de langage dans le discours gouvernemental, passant de "sécurité démocratique" à "prospérité démocratique", supposé pratiquer la concertation et le respect des droits humains, les faits demeurent et la violence sociopolitique, l'impunité et le conflit social et armé perdurent

- Que se poursuivent la criminalisation de la protestation social et étudiante, avec un usage démesuré de la force de répression de l'ESMAD, la mise en cause judiciaire des leaders paysans, communautaires, étudiants et défenseurs des droits humains, ainsi que la pratique de la disparition forcée, de la violence sexuelle, du contrôle militaire de la vie et de la pensée critique

- Que les crimes se développent dans les régions du pays où persistent les grands intérêts économiques de l'agro-industrie et des infrastructures commerciales tournées vers le développement de méga-projets d'extraction de ressources naturelles

- Que les crimes de violence socio-politique se sont accentués avec l'absence de garanties des droits fondamentaux à la vie, à la santé, au logement, au travail, à l'environnement et à un développement autonome à travers les pratiques traditionnelles des communautés afro-descendantes, indigènes et paysannes.

- Que la situation critique des prisonniers politiques, et en particulier des femmes incarcérées à la suite de poursuites judiciaires, perdure.

- Qu'apparaît en toute évidence la volonté du gouvernement de générer des divisions au sein des organisations syndicales, de droits humains et sociaux, et de victimes, à travers différentes propositions comme une conférence nationale sur les droits humains qui, telle qu'elle est conçue, ne répond pas aux propositions du mouvement mises en avant depuis sa création.

A propos du projet de Loi pour les Victimes et la restitution de terres :

- Qu'après 5 ans d'application de la Loi 975 de 2005, les avancées en matière d'établissement de la vérité restent dérisoires et loin d'établir la justice. Aussi sommes-nous préoccupés de voir qu'on met en place des réformes qui augmenteront la méconnaissance des droits des victimes, comme c'est le cas de la Loi de Justice Transitionnelle et des réformes de procédures judiciaires

- Que le projet de Loi de Victimes et de Restitution de terres a été présenté sans consultation et son élaboration avance sans apporter de garanties de protection des droits des victimes, comportant en plus des lacunes fondamentales quant aux standards internationaux.

- Que l'Etat colombien se refuse à reconnaître ses responsabilités dans les crimes commis, niant par là même les droits à la vérité, à la justice, à la réparation intégrale et à la non répétition.

A propos de la situation de Terres et Territoire :

- Que se poursuit la spoliation de terres et de territoires, avec l'absence de processus de restitution qui résolve la situation intégrale des déplacés dans le pays. Se maintiennent ainsi les violations des droits humains et l'absence de protection pour ceux qui osent réclamer leur droit à la restitution et au retour à leur terres et territoires.

- Que la restitution projetée à travers le plan choc du ministère de l'agriculture prétend en fait légaliser la spoliation, restituant une infime partie des terres et renforçant le modèle de l'agro-industrie, de l'extraction de ressources et des infrastructures avec dépossession de la terre au profit d'intérêts étrangers en fonction de méga-projets.

- Qu'à la spoliation violente de terres et territoires s'ajoutent des mécanismes légaux comme le Plan de Développement 2010-214, la Politique minière et énergétique, les plans de réorganisation territoriale et d'élargissement des frontières agricoles.

A propos de l'aggravation du conflit social et armé :

- Que persistent les stratégies militaires de la force publique d'aplanissement, de restriction des droits, de consolidation des zones militaires, et de contrôle de la vie civile et du territoire.

- Que dans ce contexte, les FARC EP et l'ELN ont exprimé publiquement leur disposition au dialogue et à une négociation de paix au milieu de la guerre. Cette disposition est en partie mise en évidence par la libération unilatérale d'otages avec la médiation de Colombiens et Colombiennes pour la Paix.

- Que devant cette volonté de paix, le gouvernement a dit qu'il tenait les clefs de la paix, mais ce scénario ne se concrétise pas encore, ce qui serait pourtant dans l'intérêt non seulement des deux parties, mais de la société en général.

Compte tenu des considérations qui précèdent, de ses stratégies et de la direction assumée par les victimes organisées dans les 24 chapitres que comporte notre mouvement, la 5° Rencontre Nationale de Victimes de Crimes de l'Etat

DÉCIDE DE:

1. Continuer à s'opposer à la politique de "Sécurité Démocratique", aujourd'hui dans sa nouvelle version appelée "Prospérité Démocratique". Dénoncer la stratégie des "faux positifs" [innocents enlevés, assassinés et déguisés en guérilléros prétendument morts au combats pour faire monter les statistiques de résultat de l'armée sous le gvt Uribe (ndt)] qui a comporté non seulement les exécutions extra-judiciaires de milliers de personnes mais en plus vise à camoufler la réorganisation paramilitaire à travers les fausses démobilisations et réinsertions comme à travers les montages judiciaires. Le Movice n'a pas reconnu ni ne reconnaîtra qu'on puisse qualifier les structures paramilitaires comme de simples bandes criminelles où assimiler les stratégies de crimes d'état à de la délinquance commune.

2. Mener toutes les actions juridiques et politiques face à la persécution exercée par le DAS, qui puissent mener à démasquer et conduire devant les tribunaux les plus hauts responsables de ces crimes, principalement l'ex président Álvaro Uribe Vélez.

3. Entreprendre des actions aboutissant à ce que les fonctionnaires impliqués dans le détournement des démobilisations, dans le bénéfice des spoliations et des pseudo-réinsertions répondent sur leur patrimoine pour restituer les ressources dilapidées par l'Etat à travers ces montages.

4. Appuyer la proposition présentée devant le Congrès de la République de modifications structurelles au projet de Loi de Victimes et de restitution de terres, non sans faire remarquer au préalable que celle-ci a été étudiée sans consultation des victimes. Nous espérons que ces propositions soient prises en compte, mais en même temps nous avertissons que si le projet devait persister dans son caractère ouvertement inconstitutionnel et contraire aux standards internationaux en la matière, nous exigerions sa confrontation aux normes devant la Cours Constitutionnelle.

5. Persister dans la mobilisation et le renforcement des processus d'organisation comme nous l'avons fait avec la Loi 975 de 2005, décret 128 de 2003, avec les extraditions, le statut de développement rural et toutes ces normes qui violent ou limitent les droits des victimes. Le Movice considère que la force sociale principale pour en finir avec l'impunité et les crimes d'Etat en Colombie réside dans la capacité d'organisation et dans l'initiative des victimes.

6. Convier la société colombienne et la communauté internationale à l'accompagnement et à l'appui de toutes les actions que pourront mener en matière de restitution, retour, récupération, résistance et redistribution de la terre les communauté indigènes, afro-descendantes, paysannes (déplacées ou en résistance) et les habitants des zones rurales qui ont été victimes de pratiques de spoliation. Appeler à la réalisation du Congrès National de la Terre, des Territoires et des Souverainetés en tant qu'expression de l'unité des programmes d'action des paysans, indigènres, afro-descendants, déplacés, habitants de quartiers urbains, syndicalistes, étudiants et autres victimes de spoliation.

7. Exiger de l'Etat Colombien et des mouvements insurgés qu'ils se concertent pour la mise en place de mécanismes pour une rapide solution politique et négociée du conflit social et armé. Dans ce sens, appuyer les initiatives de paix de la société civile comme celle de Colombiens et Colombiennes pour la Paix qui poursuivent à travers un programme d'action humanitaire leur effort pour aboutir dans les plus brefs délais à une table de négociation qui mette un point final au conflit armé et qui offre une solution de justice et de démocratie à la longue confrontation qu'a subi le pays. Le Movice annonce sa ferme volonté de mettre en place son propre agenda avec des propositions émises par les victimes pour parvenir à la paix.

8. Annoncer l'inauguration du centre de mémoire sur le génocide politique contre l'Union Patriotique, en tant qu'étape fondatrice vers la construction d'un Centre de Mémoire contre la criminalité d'Etat. Le Movice salue et projette de poursuivre son appui aux différentes initiatives de mémoire constituées à la date d'aujourd'hui.

9. Exprimer sa solidarité avec les personnes détenues et poursuivies par la justice pour motifs politiques ou de conscience, particulièrement Carmelo Agamez, Nelson de Jesús Gómez, Winston Gallego, David Ravelo, Imber Barrio, Harry Castillo y Carolina Rubio, membres du Movice et victimes de persécution judiciaire.

10. Reconnaître la nécessité de construir une stratégie de lutte contre l'exil et appuyer les efforts des groupes de victimes qui, depuis l'extérieur, ont travaillé à la construction de cette nouvelle stratégie.

11. Et pour finir, appeler le Mouvement social, de Droits humains et Paix à répondre de manière unitaire à l'actuelle politique gouvernementale de concertation sans garanties réelles. L'unité doit constituer le pilier fondamental des mouvements sociaux en Colombie. Le Movice salue et affirme sa volonté de travail en commun au côté d'expressions comme le Congrès des Peuples, la Marche patriotique, la Minga de résistance sociale et communautaire, le Toit commun, la CUT, la Grande Coalition démocratique, les processus indigènes et afro-colombiens.

Mouvement des Victimes de Crimes d'Etat

Auteur: 
MOVICE

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