Projet Accompagnement Solidarité Colombie

La solidarité directe

5 Avril 2007

La solidarité directe par l’accompagnement de communautés en résistance civile

No necesitamos que nos den la mano, necesitamos que nos la quiten de encima

Au-delà de la solidarité internationale, le PASC propose l’idée de solidarité directe, qui part d’une critique du développement. Le concept de développement est basé sur une vision occidentale qui voit le développement comme linéaire et qui implique une hiérarchie entre les populations du Nord et du Sud (concept de « sous-développement »). Il entraîne une attitude paternaliste dans les relations, et des relations d’aide humanitaire plus que de solidarité. Une analyse critique du travail du milieu de la coopération internationale met en lumière la reproduction du contrôle du Nord sur le Sud dans des pratiques qui se veulent pourtant alternatives (ex : proposer des projets de développement aux communautés, utiliser notre position hiérarchique pour implanter ces projets, créer des rapports de dépendances, etc.). L’aide humanitaire ou la coopération internationale peuvent ainsi devenir des outils du néo-colonialisme.

La solidarité directe signifie plutôt établir des relations horizontales et percevoir notre travail non comme une «relation d’aide», mais plutôt comme un appui politique au processus de résistance civile et aux luttes sociales des populations du Sud. Le but est d’aller au-delà d’une intervention qui panse les blessures et de construire une solidarité qui s’attaque aux racines profondes qui causent les situations de pauvreté et d’oppression. Cette action requiert une prise de position politique: le travail de défense des droits humains implique de dénoncer les intérêts qui sont derrière les violations de droits humains. Dans le travail du PASC, il est essentiel de faire les liens entre déplacements forcés et contre-réforme agraire, d’identifier les intérêts privés qui bénéficient de la violence, et la commanditent, de dénoncer la complicité de nos gouvernements, en somme de cibler les profiteurs de la guerre.

L’accompagnement international

Dans ce sens, notre vision de l’accompagnement international part de la reconnaissance d’être né avec un privilège en tant que Blancs et Occidentaux. L’accompagnateurTRICE transfère des privilèges de sa citoyenneté aux groupes qui luttent sur le terrain contre les manifestations de l'impérialisme, il/elle est un «bouclier humain témoin». L’accompagnement donne lieu à un échange d’habiletés et de connaissances, notre participation s’effectue au niveau de projets décidés par les communautés. C’est un mécanisme de protection physique pour celles et ceux qui résistent sur le terrain en risquant leur vie. En effet, la répression ne prend pas les mêmes formes contre les communautés en résistance et les équipes d’accompagnement.

En plus, le PASC réalise un appui politique au processus de résistance par des actions urgentes et des pressions sur les gouvernements. L’accompagnement intégral voit comme complémentaire la présence sur le terrain et le travail de dénonciations et de pressions fait à partir d’ici. Nous nous concentrons sur la région du Chocó afin de pouvoir consolider un appui politique fort et efficace à la résistance de ces communautés et que notre travail ait un impact réel dans la lutte contre les intérêts qui les affectent. En somme, le travail du PASC n’est pas humanitaire, mais politique, c’est de l’action directe.

Témoignage d’une accompagnatrice

« Partir à la rencontre de communautés en résistance dans le Chocó en Colombie, un désir de tisser des liens de solidarité face à une injustice mondialisée, de s’ouvrir à une autre réalité. Concrètement, c’est croiser des regards dévastés devant un territoire ravagé, où les fermes ancestrales ont été réduites au néant, sous un triste spectacle de palmes alignées. Accompagner les gens dans la création d’une Zone humanitaire, sueur au front, machette à la main, un espace où respirer au cœur du conflit armé. Sentir la peur constante, sur un fond rouge de massacres impunis qui hante la mémoire collective, d’une menace exprimée par des hélicoptères épiant du ciel, des bottes militaires croisées sur tous les chemins, des pressions dégradantes véhiculées par les palmiculteurs. Témoigner des droits violés, d’une vérité cachée sous des intérêts économiques, d’un montage institutionnalisé. Connaître le vrai sens des mots dignité, résistance, courage, en côtoyant ces paysanNEs qui s’unissent et décident de lutter au risque de leur vie afin de récupérer les terres volées. Partager dans l’horizontalité des expériences, des savoirs-faires, s’adapter aux besoins exprimés par la communauté sans jamais s’imposer. Redonner confiance par notre seule présence. Devenir l’oreille privilégiée qui se mutera en porte-voix afin de crier la vérité sur tous les toits. Accepter qu’un bout de soi sera transformé par cette expérience marquée par l’intensité. Percevoir l’espoir, y croire profondément, en écoutant la détermination qui résonne dans les voix chantonnant « algun dia llegara », croyant fermement qu’un jour la justice viendra. Vivre l’unité collectivisée dans chaque terrain récupéré. Réaliser concrètement les mécanismes se tramant derrière le soi-disant « développement » et mener une lutte sans frontière afin de construire un jour nouveau. »

Auteur: 
PASC

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