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Le Général (r) Rito Alejo del Río Rojas condamné à 26 ans de prisonLe Général Rito Alejo del Río Rojas condamné à 26 ans de prison

15 September 2012

Le huitième tribunal pénal spécial de Bogotá a condamné le Général 9 (R) Rito Alejo Del Río Rojas à 312 mois de prison et à une interdiction de droits et de fonctions publics pour une durée de 10 ans pour l’assassinat de l’afro-descendant Marino López Mena, perpétré dans le cadre de l’Opération Génesis menée sur le territoire de Cacarica y Salaquí du 24 au 27 février 1997.

 

Le juge l'a déclaré «pénalement responsable d’un délit d’homicide aggravé par sa position d’autorité au sein d'une structure de pouvoir». Il a de plus décidé «de n’accorder de crédit à aucune sentence pouvant se substituer à la peine de prison».

 

Dans le jugement, on soutient que l’Opération Génesis et les interventions paramilitaires ont été une seule et unique intervention commune de la Brigade 17 et des paramilitaires des Autodéfenses unies de Colombie (AUC), et que cette intervention faisait partie d’une stratégie de consolidation paramilitaire, de prise de territoires et de soumission d’un ennemi commun.

 

La décision conclut que la mort horrible de Marino López n’est pas isolée, qu’elle est de surcroît un moyen pour provoquer la terreur «et qu’elle survient dans un contexte prédéterminé poursuivant un objectif spécifique, c’est-à-dire pour susciter la terreur et parvenir à expulser une population civile non combative».

 

Cette enquête a commencé grâce à un lien de Rito Alejo del Río en 2008, après qu’il ait fait face à plusieurs mécanismes d’impunité.

 

Dans la phase de jugement de l'enquête, l’avocat de la défense de l’ex-général condamné, qui a ordonné l’opération 004 à la Brigade 17, a affirmé qu’au cours de l’ensemble de l’Opération Génesis, il avait été en communication constante avec le gouverneur d’Antioquia d’alors, Alvaro Uribe Vélez. Toujours pour la défense, il a également soutenu que l’opération était connue du président du moment, Ernesto Samper Pizano, et qu’elle avait été réalisée avec le type de bombes et d’objectifs et le consentement de l’état-major Conjunto.

 

Une attaque contre des guérilleros du Front 57 des FARC, dans le bassin du fleuve Salaqui, pour obtenir la libération de certains fantassins de la Marine en charge de ce mouvement armé a servi de prétexte pour mener l’opération d’effectifs de la Brigade 17 et de ses alliés paramilitaires.

 

L’élaboration de la stratégie militaire dans le Bajo Atrato, dans le secteur de Calanca y Salaqui, a été annoncée par les paramilitaires depuis mai 1996. Dans les premières étapes de ce processus, l’ex-commandant paramilitaire John Fredy Rendón Herrera, connu sous le nom de «L’Allemand», a envoyé une lettre extrajudiciaire au général (R) Rito Alejo del Río Rojas, l’incitant à dire toute la vérité. Le général a toutefois gardé le silence et a soutenu tout au long de l’affaire qu’il n’avait pas de liens avec les paramilitaires.

 

En octobre 2008, Noticias Uno a diffusé une vidéo dans laquelle Rito Alejo del Río, privé de liberté au cours de l'enquête, parle avec l’ancien ministre Fernando Londoño, concoctant un plan pour discréditer les soi-disant «nègres» et les poursuites judiciaires sans fondement contre des membres de la Commission Justice et Paix. Ce plan est en vigueur encore aujourd’hui sans qu’il y ait aucune enquête concernant une fraude procédurale.

 

Le jugement peut être porté en appel par la défense de l’ex-général militaire. La décision rendue aujourd’hui est un mince souffle de justice qui dissipe le brouillard de l’impunité et de la criminalité dans lequel baignent plusieurs secteurs de l’État du Bajo Atrato et de l’Urabá. Étant donné l'exigence de la justice, les communautés noires de Cacarica, associées en Communautés d’autodétermination — Vie et Dignité, CAVIDA — et un groupe de femmes qui habitent Turbo (bien qu’elles y soient déplacées), ont été la cible de persécutions judiciaires, de menaces et de harcèlement depuis 1997 et jusqu’à aujourd’hui. Exilées, elles ont aussi dû faire face à trois déplacements forcés.

 

En 2003, après des demandes permanentes et incessantes de justice en réponse à l’audience du général Jorge Enrique Mora Rangel et de personnes proches d’entreprises comme Pizano S.A. et Maderas del Darién, une poursuite judiciaire a été initiée contre les victimes de l'enquête.

 

De faux témoignages ont mené à l’accusation de membres des Communautés d’autodétermination Vie et Dignité de Cacarica — Cavida — des conseils communautaires comme les personnes déplacées, torturées, de guérilleros, d’auxiliaires et de trafiquants d’armes et de drogue.

 

Après la fin de l’Opération Génesis, une société d’exploitation forestière a entamé des opérations d’extraction du bois sur le site du nom de La Balsa, dans le Cacarica, à l’endroit même où les paramilitaires se sont installés au début de l’Opération Génesis.

 

Par la suite, les paramilitaires ont bâti au même endroit l’entreprise C.I Multifruits Ltda, exportatrice de bananes, avec des intentions d’exploiter la palme et le coca, tel que l’ont annoncé les paramilitaires. Pour le premier produit, ils ont signé un accord avec l’entreprise Del Monte, au sein de laquelle participe un ami de «L’Allemand», Germán Monsalve, et un dirigeant du parti conservateur, Juan Manuel Campo Eljach. Monsalve est actuellement détenu aux États-Unis.

 

Les opérations illégales du Departamento Administrativo de Seguridad (DAS) ont aussi été menées contre cette communauté et ses adjuvants, en prétendant alimenter la poursuite judiciaire et l’opération visant à dégrader l'image de ces communautés. Ces interventions ont été réalisées par le biais d'opérations à l’étranger.

 

Dans cette communauté, plus de 85 personnes ont été assassinées ou ont été portées disparues depuis 1996, des crimes qui restent impunis.

 

Rito Alejo del Río a été inculpé de sa responsabilité dans l’assassinat de Marino López, dans l’Opération Génesis et dans plus de 300 crimes dans les états de Cacarica, Dabeiba, San José de Apartadó, Jiguamiandó et Curvaradó.

 

Si cela est une décision importante, il reste les recours de la loi pour la défense de Del Río. La confirmation de la décision est une avancée dans le droit à la justice. Cependant, d’autres planificateurs et instigateurs de l’opération paramilitaire, liés à des secteurs importants du pouvoir au sein des entreprises, demeurent cachés et continuent de jouir de l’impunité. Cette décision confirme qu’on fait la sourde oreille aux victimes de Cacarica en raison de divers gouvernements comme ceux de Samper, Pastrana, Uribe et de Santos.

 

Extraits de la fiche d'une des victimes du Bajo Atrato Rito Alejo Del Río Rojas 

 

De 1982 à 1983, ils se sont rencontrés en Israël avec Carlos Castaño et ont profité de l’occasion pour obtenir des stocks d’armes pour les paramilitaires.

De 1985 à 1986, le paramilitaire Alfonso de Jesús Vaquero, alias «Negro Vladimir», a avoué au cours de son interrogatoire qu’il avait rencontré le colonel Del Río pour coordonner les activités paramilitaires de la région, alors que Reyes de Cimitarra Santander était commandant du bataillon.

 

De 1986 à 1987, alors que Girardot de Medellín était chef de bataillon, il a ordonné l’assassinat d’une famille de Santa Rosa de Osos, Antioquia, qu’il considérait comme faisant partie des guérilleros. Un caporal a choisi de désobéir et a été sanctionné par l’armée.

 

En 1996, alors nouvellement arrivé à la barre de la Brigade 17 de Carepa Antioquia, survint la disparition d’Alcides Torres Arias et Angel David Quintero au siège de l’unité militaire. Le colonel Carlos Alfonso Velasquez Romero, commandant adjoint de la Brigade 17 et chef de son état-major, a dénoncé que Del Río avait arrêté d’agir contre les paramilitaires — ses hommes les laissant circuler en toute liberté — et qu’il avait de l’information sur la Brigade, que connaissait Carlos Castaño.

 

En février 1997, Del Río, commandant de la Brigade 17, ordonna l’Opération Génesis au cours de laquelle les militaires et les paramilitaires assassinèrent l’afro-descendant du Cacarica, Marino López, auquel ils ont coupé la tête pour ensuite la botter comme s’ils jouaient au soccer. En raison des opérations militaires et paramilitaires, la population a dû être déplacée de force.

 

En avril 1997, alors qu’il était encore commandant de la Brigade 17, le maire de Apartadó, Gloria Cuartas, a dénoncé que les paramilitaires entraient et sortaient à loisir et sans problème de la Brigade 17, dénonçant par le fait même l’unité d’action entre les deux instances et l’absence de poursuite.

 

Entre 1996 et 1997, devant le bureau du procureur, l’ex-soldat professionnel Oswaldo de Jesús Giraldo Yepes, qui appartenait à la Brigade 17, a témoigné qu’il a été obligé de travailler en appui et suivant une unité d’action avec les structures militaires et paramilitaires, qui menaient des opérations dans Urabá par ce commandement militaire. Le témoin a fait foi des réunions de Del Río avec des paramilitaires au sein de la Brigade 17.

 

Entre 1996 et 1998, le capitaine aujourd’hui retraité de la police nationale Gilberto Cárdenas González, qui fut chef de la SIJIN de Urabá, a surpris dans le Totumo (Necocli) le général Del Río en réunion avec 11 chefs paramilitaires et 3 chefs concernant la cohabitation dans la zone.

 

En 1998, dans un document secret (et déclassé par la suite) du Département d’État des Etats-Unis, on peut lire : «REF: A) BOGOTA 292141Z MAY 98 B) BOGOTA 071647Z APR 98 L’ENQUÊTE DU GÉNÉRAL RITO ALEJO DEL RIO, COMMANDANT DE LA BRIGADE 13 (BOGOTA) EST ENCORE EN COURS. SELON LA PRESSE, LES LIENS SUPPOSÉS DU GÉNÉRAL AVEC LES PARAMILITAIRES DE LA RÉGION D’URABA, ALORS QU’IL ÉTAIT AU COMMANDEMENT DE LA BRIGADE 17 DE DÉCEMBRE 1995 À DÉCEMBRE 1997, FONT L’OBJET D’UNE ENQUÊTE.»

 

En 1998, Del Río fut le commandant de la Brigade 13 à Bogotá. Cette même année, est survenu l’enlèvement et, par la suite, l’assassinat de l’homme d’affaires israélien Benjamín Khoudari et de deux autres personnes. Les instructeurs du dossier 35.487, au cours d’une inspection de l’entreprise de téléphonie cellulaire Meltec S.A., ont constaté que trois numéros impliqués dans les appels concernant les enlèvements correspondaient à des cellulaires attribués à Rito Alejo del Río, représentant légal de la Brigade 13.

 

En mai 1998, le commandant de la Brigade 13 a fait une descente au siège de la Commission Justice et Paix, voulant y faire entreposer, selon des sources dignes de confiance, des armes et du matériel de propagande de groupes guérilleros. En 2008, Luis García et Rubén Salazar ont obtenu, à la demande de Del Río, d’un faux témoin qu’il déclare que plusieurs défenseurs des droits humains et des syndicalistes avaient été payés pour témoigner contre le général. Le faux témoin a plus tard déclaré que le général l’avait reçu dans les installations de la Brigade 13 après sa «déclaration» et qu’il l’avait embrassé, s’était montré reconnaissant, qu’il lui avait apporté un déjeuner dans la Brigade et qu’il avait envoyé son chauffeur le reconduire pour qu’il puisse rentrer chez lui en autobus. 

 

En octobre 1998, une conversation entre le général et l'ancien ministre Fernando Londoño Hoyos, déjà poursuivi pour l'assassinat de Marino López, a été dévoilée. Au cours de celle-ci, l'ex-militaire a proposé l'élaboration d'une stratégie de poursuite judiciaire menant à discréditer des membres de la Commission Justice et Paix. 

 

En septembre 2000, déjà évacué de l'armée, le général Del Río s'est réuni avec Carlos Castaño, Salvatore Mancuso et d'autres paramilitaires dans la propriété de Veinticuatro de Necoclí. Peu après, un groupe de 60 paramilitaires ont quitté l'immeuble pour commettre un massacre sur la Tierra Alta Córdoba.

 

Entre 2007 et 2009, le paramilitaire Ever Veloza a avoué s'être réuni avec G. Rito Alejo de la Brigade 17, avoir capturé deux personnes de la Brigade véhiculée de l'armée qui, plus tard, ont disparu, et il a soutenu avoir eu l'entière collaboration du général.

 

En mai 2007, Salvatore Mancuso a déclaré devant le ministère public que le général Del Río et deux autres généraux travaillaient avec lui pour atteindre les objectifs de la «pacification» de l'Uraba. Il a assuré que le général indiquait aux escadrons paramilitaires quels terrains ils pouvaient prendre et quelles zones étaient hors de danger pour concentrer les hommes recrutés.

 

En novembre 2007, le témoignage de l'ex-sergent Edwin Guzmán a été entendu. Il s'est lié aux paramilitaires qui opéraient en Uraba au milieu des années 90 et a révélé à la presse : «J'appelais mon général Rito Alejo Del Río «le père des autodéfenses» parce que ce fut lui qui commença à les uniformiser et à leur donner la gestion militaire dont elles avaient besoin. À cette époque, les paramilitaires arrivaient dans la Brigade armés et avec des uniformes. J'ai même pu voir deux contreguérilleros des autodéfenses embarquer dans un hélicoptère MI de l'armée, à l'héliport de la Brigade.»

 

Freddy Rendón Herrera, alias «El Alemán», a reconnu que les hommes sous ses ordres ont exécuté, entre février et avril 1997, l'Opération Génesis avec des effectifs de la Brigade 17, sous les ordres de (r) Rito Alejo del Río.

 

Comision Intereclesial de Justicia y Paz

 

Author: 
Comisión Intereclesial de Justicia y Paz

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