Projet Accompagnement Solidarité Colombie

Marchandisation du territoire; les projets de lois poursuivent leur chemin

22 October 2005

La marchandisation des territoires poursuit sa route par le biais de projets de lois comme celui nommé loi forestière, de l’eau, des PARAMOS et le processus judiciaire d’attribution des titres de propriété, et de façon récente la modification par voie de résolution de l’Article 52 de la loi 70 (NdelaT : loi relative aux territoires collectifs des communautés noires).

Il ne s’agit pas seulement d’un assouplissement des droits reconnus aux peuples afro descendants et autochtones mais bien de la négation fondamentale de leurs droits ancestraux, leur identité socio-culturelle, de l’égalité et de la biodiversité culturelle reconnue dans la Constitution. Le subtil changement – bien nommé de participatif, de qualité de vie, de conservation et de développement durable- apporté aux droits des peuples coïncide avec le processus d’institutionnalisation du paramilitarisme avec lequel se développe de nouveaux mécanismes d’impunité entre autre par le biais de la loi 975 dite de « Justice et paix » et avec les accords du marché global comme le Traité de Libre Commerce (TLC).

La militarisation du territoire se poursuit avec la « réinsertion » des civils armés démobilisés au sein de corps policiers, notamment par leur participation à des mécanismes de répression ainsi que le lien entre les entreprises, en apparence légale, comme la palme et la coupe forestière et l’économie paramilitaire. Pendant ce temps, le vol et la privatisation des territoires continuent de se trouver des moyens d’être légalisé et légitimé avec un argumentaire vantant la « réconciliation », la « paix », le « développement durable » et la « création d’emploi ».

La loi forestière 332 de 2005 qui, comme le dit le quotidien « El Tiempo », devrait être renommée lois du bois, représente la négation des droits des peuples et de l’organisation collective des noires et des autochtones. Elle convertie également les réserves forestières colombiennes en potentielle rentabilité et en profits pour les entrepreneurs. Durant le processus public de discussion sur la loi, les peuples afrodescendants et autochtones critiquant cette loi ont systématiquement été écartés tandis que les entrepreneurs et autres secteurs qui l’appuient ont eut le champ libre à l’extérieur et dans le congrès.

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On ne conçoit donc plus la forêt comme une réserve naturelle mais comme un secteur stratégique d’investissement notamment avec le nouveau concept de “vol forestier” qui conçoit la forêt comme un secteur d’exploitation. (...)

Ce concept ignore l’aspect collectif des territoires traditionnels protégés par les communautés et occulte le fait que 200 000 hectares de forêt tropicale ont déjà été détruits non par les communautés mais par les entreprises dans le bas Atrato, le bas Naya et sur la côte pacifique. Ces zones furent ainsi transformées en lieux d’exploitation forestière malgré les dispositions légales, créant ainsi tout un système de corruption dans le secteur entrepreneurial de la région et le tout dans l’irrespect total d’accords comme la convention sur le commerce international des espèces, de la faune et de la flore en voie de disparition.

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Commission inter-ecclésiastique de Justice et paix .

Extrait de l’éditoriale du quotidien “el tiempo” 9 octobre 2005

La Colombie compte entre 49 et 55 millions d’hectares de forêt (les estimations divergent) , parmi lesquels 35 millions sont propriétés collectives des communautés autochtones et 5 millions des communautés noires. Les portes paroles des deux groupes protestent car ils n’ont pas été consultés comme le prévoit la constitution et que cette loi privilégie l’exploitation commerciale de la forêt et non sa protection. Les ministres de l’agriculture et de l’environnement répliquent que comme la loi ne porte pas préjudice aux communautés, il n’était pas nécessaire de les consulter.

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Dans un article récent le ministre de l’agriculture défend le projet de lois parlant de l’immense potentiel forestier dont on ne profite pas. Des 25 millions d’hectares exploitables seulement 189 000 sont utilisés pour reforestation commerciale. En 2004 le Chili exportait 2 400 millions de dollars de bois tandis que la Colombie en exportait à peine 61 millions. La législation ne protégerait pas les investisseurs, elle serait obsolète et désuète. Reforester génère de l’emploi et participe à l’occupation pacifique du territoire. Le ministre ne le dit pas mais dans le pays on reforeste à peine 9 500 hectares face à 50 000 en Uruguay. Le projet prétend “transformer le secteur forestier en réelle source de croissance”.

Les arguments sont raisonnables (..) mais on proclame comme loi général des forêts une loi qui ne s’occupe de leur commercialisation sans penser à leur conservation, protection et restauration. Le concept de “vol forestier”- ce qui est au dessus du sol peut être exploité de faon indépendante des soles- a été dénoncé comme rétrograde, un retour aux normes du XIXième siècle. On introduit une vision de la forêt comme source de production de bois et non comme écosystème complexe. (..) Cette loi devrait donc laisser la forêt tranquille et chercher, de manière consensuelle, une meilleure façon de la protéger. Ça aussi c’est très rentable.

Author: 
PASC

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