Projet Accompagnement Solidarité Colombie

Action publique de censure du Brigadier Général Rito Alejo del Rio Rojas

10 March 2006

Devant le scénario de la légitimation de l’illégal, de l’institutionnalisation paramilitaire, de la paramilitarisation du public et du social. Devant la consolidation d’un État de Fait, construit sur les ruines de l’État de Droit, se trouve la prétention d’imposer l’unanimité d’une fausse paix, la vérité des meurtriers, l’oubli qui garantie l’impunité, la réparation de l’irréparable.

Aujourd’hui, les assassins se présentent comme des victimes et les véritables victimes de crimes contre l’humanité, de leur côté, sont judicialisées et détenues arbitrairement. Pendant ce temps, les responsables de crimes sont récompensés, exhortés, dédommagés, érigés en héros de la patrie.

Les responsables sont nombreux, nous pourrions tous les nommer. Nous savons qui ils sont et qu'est-ce qu'ils ont fait, même s'ils continuent de le nier, de le maquiller. Aujourd'hui s'est initiée la première action publique de censure contre les responsables de crimes contre l'humanité en Colombie. Pour la première fois, devant le meurtrier, sera montré l'ampleur de ses crimes et la volonté des victimes de maintenir vivante la mémoire et les exigences de Vérité, Justice et Réparation intégrale.

Bogotá, D.C., 10 mars 2006
Comisión Intereclesial de Justicia y Paz


Action publique de censure du Brigadier Général
Rito Alejo del Rio Rojas

Cet homme devrait être en prison et non au Sénat !!!

Bogotá, 10 mars 2006

Aujourd’hui, à 10h00 du matin, se sont réunies devant le siège de la campagne électorale du général Rito Alejo del Rio, des dizaines de personnes qui exprimèrent un acte de censure contre ce candidat au Sénat de la République. C’est le même homme qui en 1997 commandait l’opération militaire Génésis de la Brigade XVII qui généra plusieurs déplacements forcés et plusieurs assassinat de populations afrodescendantes et métisses du Bajo Atrato chocoano.

Nous sommes sortis du silence, avons surpassé les frontières de la peur pour faire ce que nous devons faire face à l’impunité et le blanchiment des meurtriers. Nous avons exprimé, à travers cette action non violente, notre censure publique, notre indignation, avec l’intention de montrer à nos voisins qui passent par ici vers 10h00 du matin que le Brigadier Rito Alejo del Rio, qui sourie sur les photos de promotion de sa candidature, est en fait un meurtrier. Nous savons ce qu’il a fait, et aussi qu’il devrait être en prison et non candidat au Sénat de la République, parce qu’il est lié à de multiples crimes contre l’humanité.

Il s’agit de dire au meurtrier que ses victimes ainsi que l’humanité blessée n’oublient pas qu’en 1997 ce Brigadier était commandant de la Brigade XVII et qu’il a dirigé l’opération militaire Génésis 004 qui déplaça plus de 4000 afrodescendants et métisses à travers des actions militaires et paramilitaires conjointes. (Cfr. Cour Constitutionnelle, Sentence T-955-03 et Résolution du Défenseur du peuple 025)

Il s’agit de dire au meurtrier que nous n’oublions pas que pendant cette même opération, des hommes sous son commandement arrivèrent à Bijao dans la région du Cacarica sur le terrain pendant que se poursuivaient les bombardements. Ils enlevèrent un afrodescendant dénommé Marino Lopez, lui demandèrent de récolter des noix de coco pour rafraîchir les homme de la troupe. Ensuite ils l’intimidèrent avant de couper son corps en plusieurs morceaux et de jouer au football avec sa tête devant tous les membres de la communauté qui s’y trouvaient.

Il s’agit de dire au meurtrier qu’aujourd’hui nous savons à propos de ce bain de sang, que la ténacité des victimes a réussi à montrer que cela ouvrait la porte à un nouvel esclavage. Quelques années plus tard, en 2001, la stratégie paramilitaire annonçait « l’arrivée du progrès » en arrivant avec des semences de palme africaine, de coca, et avec des dollars. Ensuite ils assassinèrent Jesus Serna, et depuis ce temps 85 autres personnes, victimes de disparitions forcées et de torture.

Il s’agit de dire au meurtrier que la supposé « justice colombienne » qui l’a blanchi de tous ses crimes ne représente pas un signe d’innocence quand on regarde plus de 31 preuves et témoignages contre lui. L’ensemble de ces preuves ont été rejetées par le Fiscal Général de la Nation Luis Camilo Osorio en mars 2004 pendant que plusieurs témoins étaient assassinés.

Il s’agit de dire aujourd’hui au Brigadier Rito Alejo del Rio que sa candidature au Sénat de la République en Colombie, dans l’un des partis politiques appuyant le Président Uribe Velez, n’exprime pas la volonté populaire. Dire également que cela ne compte pas sur le consentement des victimes, ni des colombiens et colombiennes qui se sentent fortement affectés par l’impunité accordée aux responsables de crimes contre l’humanité.

Il s’agit de dénoncer que ce Brigadier jouit toujours d’une pleine liberté dans la rue et à son siège de campagne électorale, tout comme vont jouir de l’impunité les civils de la stratégie paramilitaire à travers la démobilisation et la Loi 975. Tous jouissent, pendant qu’ils exportent les récoltes bananières, pendant qu’ils investissent sur des terres volées, pendant que les structures judiciaires et politiques transforment les assassins en victimes. Pendant ce temps, les véritables victimes font face à une judicialisation et sont soumises à une pression militaire qui entraîne la destruction de leurs esprits et de leur corps.

Il s’agit également de dire que pendant que ce renforce l’impunité, la torche vive de la mémoire continuera à briller avec des actes simples comme celui-ci qui sont le signe d’une volonté de VÉRITÉ, JUSTICE ET RÉPARATION. Même si les rues, les bureaux, les couloirs du Congrès demeurent disponibles pour vous, sera toujours vivante la volonté des victimes de censurer publiquement votre barbarie qui tente d’être passée sous le silence.

Pour vous dire en terminant que malgré l’opération Génésis, les communautés afrodescendantes, métisses et autochtones, depuis leur Territoire, affirment leur Droit à la Vérité et la Justice, malgré le poids du silence, de l’oubli et de la terreur.

Pour ces raisons, nous avons fait cet acte de censure publique.

Author: 
PASC

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